Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/08/12 à 14:10 - Mise à jour à 14:10

Conseil d'un braconnier à la retraite

"Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis", le proverbe est bien connu, même visiblement de certains banquiers américains. C'est le cas de Sandy Weill, 79 ans et aujourd'hui à la retraite, fortune faite. Mais il a étonné le monde de la finance quand il a déclaré récemment qu'il fallait scinder les banques en deux, avec d'un côté les activités classiques - prêts et dépôts des clients - et de l'autre côté, les activités plus risquées, de trading sur compte propre. Comme le notait avec humour Le Figaro, ces propos venant de Sandy Weill, c'est un peu comme si Fidel Castro donnait une interview dans laquelle, il déclare qu'un retour du capitalisme serait souhaitable pour Cuba !

Scinder les banques en deux pour éviter que le contribuable ne passe à la caisse à chaque fois qu'un dérapage a lieu n'est pas une idée nouvelle. Régulièrement, des économistes et des penseurs de tous poils préconisent cette même solution. Mais les banquiers sont généralement réticents - et Sandy Weil a fait partie de ceux-là, lui-même qui est à l'origine de la plus grande fusion bancaire de tous les temps, qui a donné naissance à la banque CitiGroup. A l'époque, il avait fait un lobbying d'enfer auprès de l'administration Clinton. Savez-vous pourquoi ? Parce qu'à l'époque, il existait une loi - votée après la crise de 1929 - qui interdisait déjà aux banques américaines de cumuler les activités de dépôts des particuliers et de spéculation Or pour obtenir la naissance de la plus grande banque du monde, Sandy Weill avait besoin de faire sauter cette loi, ce qu'il parvint à faire en 1998.

Et maintenant, que constate-t-on ? Quatorze ans plus tard, non seulement c'est le gouvernement américain, autrement dit le contribuable, qui a dû sauver CitiBank en mettant 45 milliards de dollars sur la table. Et pour rendre la potion encore plus amère, l'ancien patron de cette super banque, reconnait aujourd'hui par télévision interposée, qu'il s'était trompé et que les banques d'aujourd'hui sont en quelque sorte trop grandes pour être gérées et surtout trop grande pour être réglementées. Au fond, Sandy Weil ne fait que découvrir ce que tout le monde dit depuis longtemps. Il faut croire que la parole d'un ancien braconnier produit visiblement toujours plus d'effet.

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