Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/03/13 à 09:57 - Mise à jour à 09:57

Comment le nouvel accord risque de tuer Chypre à petits feux

Les Chypriotes ne vont pas pousser un "ouf" de soulagement ce lundi matin, et cela, même si un accord a été trouvé, dans la nuit de dimanche à ce lundi. Le nouvel accord va certes, sauver les petits épargnants, mais risque de tuer leur île à petits feux.

Que dit cet accord ? Il prévoit que le premier établissement du pays, Bank of Cyprus, soit conservé, mais que les déposants de cette banque, au-dessus de 100 000 euros, subissent des pertes pouvant aller... jusqu'à 40 % ! C'est énorme bien entendu. De plus, l'accord prévoit la disparition de la banque Laïki, qui est la deuxième du pays. Les petits déposants seront épargnés, mais pas ceux avec des dépôts au-dessus de 100 000 euros qui eux subiront de très lourdes pertes.

Voilà pour les très grandes lignes de ce plan de sauvetage. Mais il semble d'ores et déjà clair que le gouvernement va instaurer un contrôle des capitaux pour éviter que l'île ne soit vidée petit à petit de tout son argent. Et je ne parle même pas de la période de rigueur budgétaire qui va frapper cette île, ce n'est que le début d'une descente aux enfers !

Mais pour la zone euro, les conséquences de ce plan très dur vont également se faire ressentir au-delà de Chypre. D'abord, parce que comme l'indiquait le journal La Tribune, pour la première fois, la zone euro sera coupée en deux. Les citoyens chypriotes auront la même monnaie que les autres, mais pas les mêmes droits de s'en servir ! Alors, c'est vrai, on nous dira que "Chypre est un cas spécial", que c'est une île avec une "économie casino" pour reprendre les propos du ministre français des Finances, mais en attendant, les petits pays de la zone euro qui connaissent des difficultés comme la Slovénie, risquent - indirectement - de pâtir de la situation.

Pourquoi ? Parce que les investisseurs, qui voudront éviter de se retrouver "piégés" comme à Chypre, y regarderont à deux fois avant de placer leurs fonds dans ces petits pays qui en ont pourtant besoin. Même réflexion pour les pays candidats à l'euro, pays également peu peuplés, comme la Lettonie, la Lituanie ou l'Islande, là encore, les populations pourraient également y réfléchir à deux fois avant d'approuver l'entrée dans la zone euro.

C'est ce qui fait que certains se disent qu'au fond, si l'Europe a été aussi dure, aussi intransigeante envers Chypre, c'est sans doute qu'elle pouvait se permettre de faire un exemple à bon compte. Après tout, Chypre, c'est à peine 0,5% du PIB de la zone euro ! L'intransigeance européenne n'avait qu'un seul but : ne pas risquer l'argent des contribuables allemands ou belges pour garantir en partie l'argent en attente de blanchiment des oligarques russes.

Le message subliminal du dossier chypriote est donc relativement simple : la zone euro n'est pas ou n'est plus un coussin confortable pour amortir le choc de toutes les turpitudes. Ce n'est pas le contribuable belge qui va s'en plaindre. Quant aux Chypriotes, ils pourront relire les fables de Lafontaine, et notamment "les animaux malades de la peste" : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir".

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