Geert Noels
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Retrouvez chaque semaine l'opinion de Geert Noels, chief economist du gestionnaire de fortune Econowealth.
Opinion

11/03/10 à 09:46 - Mise à jour à 09:46

Colorier en dehors des lignes

Nous apprenons à nos jeunes à toujours bien étudier, à être sages, à suivre les règles et plus tard, à bâtir patiemment une carrière. Il ne faut dès lors pas s'étonner que peu d'entre eux deviennent des entrepreneurs. Car colorier en dehors des lignes est précisément l'un des hobbies de ces derniers...

Colorier en dehors des lignes

Nous apprenons à nos jeunes à toujours bien étudier, à être sages, à suivre les règles et plus tard, à bâtir patiemment une carrière. Il ne faut dès lors pas s'étonner que peu d'entre eux deviennent des entrepreneurs. Car colorier en dehors des lignes est précisément l'un des hobbies de ces derniers...

Pas mal de gens ont trouvé que j'avais eu une bonne idée de créer une entreprise. En les écoutant, je suis arrivé à la conclusion que l'enthousiasme de la personne qui parle de mon esprit d'entreprise augmente de façon exponentielle avec la stabilité de sa propre fonction. Ceci explique vraisemblablement pourquoi les chercheurs mais aussi les politiciens sont aussi positifs quand ils parlent de l'entrepreneuriat.

C'est aussi la raison pour laquelle je me suis mis à lire d'un autre £il toutes ces études sur l'entrepreneuriat. Fort de ce regard plus lucide, je réalise à présent quelle est la vraie sagesse contenue dans toute cette recherche.

42 ans : l'âge idéal

"La propension à créer une entreprise culmine à l'âge de 42 ans, un âge où l'ambition de la jeunesse et l'expérience des choses de la vie s'équilibrent très bien." Quarante-deux ans est l'âge idéal pour lancer une affaire. Quelle coïncidence ! Ce n'est pas une invention de ma part. C'est écrit en toutes lettres dans un rapport de 2009(1). Il fait référence à une autre étude qui est encore plus spécifique. La tolérance au risque et la témérité si propres aux entrepreneurs sont des caractéristiques de la jeunesse. Mais bon nombre d'aptitudes et l'expérience ne viennent qu'avec l'âge. A 42 ans, l'ambition de la jeunesse et les compétences professionnelles de l'âge mûr se combinent donc harmonieusement.

C'est précisément pour ces raisons qu'on commet couramment une grossière erreur, selon moi, en encourageant les jeunes à créer leur propre entreprise. Nous ne vivons pas aux Etats-Unis où l'on porte aux nues les entrepreneurs qui échouent. Les obstacles rencontrés pour lancer une affaire sont aussi beaucoup plus importants chez nous, tout comme les coûts d'ailleurs. Mais il est néanmoins essentiel d'apprendre aux jeunes àêtre entreprenants. Et c'est là que le bât blesse.

L'enseignement et la prise de risques

Notre système d'enseignement forme des jeunes qui ont horreur du risque. On leur apprend à travailler dur, à se conformer aux règles et à faire les choses comme nous les faisons déjà depuis des années. L'esprit créatif qui colorie en dehors des lignes est perçu comme un problème. Le serial entrepreneur José Zurstrassen - fondateur de Skynet et Keytrade - ne fut pas le plus sage des élèves. Il peut raconter des histoires formidables sur ses années d'école dans les forêts ardennaises. Guillaume Van der Stighelen est un entrepreneur né mais dans son livre Donnez à votre marque un statut de héros, on trouve des anecdotes hautes en couleur et spirituelles qui donnent des cheveux gris à la plupart des professeurs.

Un carcan moins rigide

Le message est donc simple. Nous devons former nos jeunes à avoir un esprit entreprenant mais ils ne doivent pas pour autant tous créer une entreprise. Ils auront le temps de le faire plus tard quand ils auront accumulé plus d'expérience et un matelas financier un peu plus conséquent. Mais soyez indulgent quand votre rejeton en pleine adolescence revient à la maison avec une punition parce qu'il présente un côté un peu rebelle. Peut-être y a-t-il un futur Bill Gates, Steve Jobs ou Estée Lauder qui se cache en lui/elle. Et dans le pire des cas, un Freddy Mercury ou une Madonna.

(1) Drresearch, brave new research, december 9, 2009. autres sources : Global Entrepreneuship Monitor 2009 et Doing Business 2010 (ifc).

Réactions : trends@econopolis.be

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