Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

17/09/13 à 12:10 - Mise à jour à 12:10

C'est de la faute des retraités !

Jean-Pascal Labille, le ministre des Entreprises publiques a réussi à imposer un plafond de 290.000 euros bruts aux patrons des entreprises publiques ! c'est deux à 5 fois moins que ce que gagnent certains d'entre eux aujourd'hui, mais c'est selon lui, une meilleure manière de rétablir, en ces temps de crise, une cohérence entre les salaires au sein de l'entreprise.

Si l'économie ne se redresse pas aussi vite que prévu, c'est à cause des retraités ! Mais, avant de recevoir des messages courroucés ou indignés d'auditeurs partis en retraite méritée, je voudrais rapidement préciser, avant de me faire lyncher, que ce n'est pas mon point de vue. Ce point de vue, très original, est celui de Patrick Imam, un économiste du FMI qui vient de publier une étude qui démontre ce que je viens de dire. Enfin presque car cet économiste le dit autrement : il ne dit pas que les retraités bloquent la reprise économique mais que les retraités gênent, en quelque sorte, la politique monétaire de nos banques centrales. Au fond, ne soyons pas hypocrites, cela revient à dire la même chose !

Démonstration en deux minutes chrono : comme vous le savez, les banques centrales américaine et européenne ont fortement baissé leurs taux d'intérêt. L'idée étant qu'une baisse des taux d'intérêt permet à la fois aux Etats endettés de rembourser à un taux faible, et puis parce que des taux d'intérêt faibles sont susceptibles de relancer l'économie. Avec des taux très bas, les consommateurs sont davantage prêts à s'endetter pour acheter une voiture, un nouvel appareil ménager ; quant aux entreprises, elles préfèrent également des taux d'intérêt bas pour financer leurs investissements. Voilà pour la théorie.

La réalité est hélas tout autre puisque même si l'Europe est sortie officiellement de la récession, du moins pour la partie nord de l'Europe, cette sortie de récession ne signifie pas que la reprise est là, car les consommateurs doutent encore de l'avenir et préfèrent épargner que consommer !

Et justement, c'est là qu'intervient l'étude de cet économiste du FMI. Il a cherché à comprendre pourquoi cette baisse des taux d'intérêt qui avait si bien marché par le passé, bloque aujourd'hui... Le résultat de ses recherches, c'est que l'action des banques centrales est moins efficace à cause du vieillissement de la population en Europe ! Autrement dit, les populations vieillissantes comportent plus de ménages qui épargnent que des ménages qui consomment ; elles sont donc moins sensibles aux variations de taux d'intérêt.

A priori, cela semble logique, ce sont les jeunes qui généralement s'endettent pour acheter une voiture ou un logement, une baisse des taux d'intérêt favorise donc leur consommation mais cette mécanique marche moins bien quand une bonne partie de la population a plus de 65 ans ! Cette hypothèse, cet économiste l'a vérifié statistiquement pour plusieurs pays d'Europe. Ainsi, si son étude n'est pas contredite, elle signifie qu'un pays comme l'Allemagne, qui apparait aujourd'hui comme le premier de la classe, a beaucoup de soucis à se faire d'ici quelques années, car c'est un pays dont la population vieillit plus vite qu'ailleurs...

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