Nathalie van Ypersele
Nathalie van Ypersele
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Nathalie van Ypersele, rédactrice en chef de Trends-Tendances, en alternance avec Guy Legrand, directeur adjoint du magazine
Opinion

11/03/10 à 09:53 - Mise à jour à 09:53

Bonne chance, Monsieur Barnier !

Les plus puissants fonds spéculatifs se seraient mis d'accord pour jouer de concert contre l'euro jusqu'à atteindre la parité euro-dollar, en amassant des profits faramineux.

Bonne chance, Monsieur Barnier !

© Photonews

Un montant de 3,4 trillions de dollars. Ce chiffre faramineux représenterait, à l'échelle mondiale, les fonds propres des hedge funds, ces entreprises privées dont la raison d'être est de spéculer à court terme sur tous types d'actifs. Leur poids financier est donc proche de celui des banques américaines et européennes, qui totalisent 4,2 trillions de dollars. C'est dire la puissance contre laquelle le commissaire européen en charge du Marché intérieur, le Français Michel Barnier, veut s'attaquer. "Cette crise est trop sérieuse, déclarait-il devant les parlementaires européens en février dernier. Nous allons mener des réformes. Aucun marché, aucun joueur, aucun produit, aucun territoire ne peut échapper à la régulation et à une surveillance efficace."

Des deux côtés de l'Atlantique, on trouve une même volonté de réguler les fonds spéculatifs mais les pistes étudiées restent divergentes. Du côté américain, Paul Volcker, président de la Federal Reserve, plaide pour séparer les activités bancaires de dépôt et d'investissements. Du côté européen, d'autres pistes sont à l'étude, comme la limitation des effets de levier, la soumission des hedge funds aux règles comptables ou encore la nécessité d'être agréé auprès d'une banque en Europe pour opérer sur le territoire européen.

Ces initiatives ont le don d'agacer le secteur financier, Londres en tête. Il est vrai que la City regroupe 80 % des hedge funds européens. Leur poids dans l'économie est donc loin d'être négligeable. Et leur défense est bien rodée. Ils ont, pour ce faire, réquisitionné les meilleurs lobbyistes et mis les moyens nécessaires. En 2009, plus de 160 millions de dollars auraient ainsi été déboursés par le secteur financier international pour convaincre à Washington et à Bruxelles. L'objectif poursuivi ? Faire barrage à toute réglementation. Les hedge funds rappellent ainsi qu'ils participent à assurer la liquidité des marchés financiers à court terme. Un tour de vis trop serré pousserait donc à un assèchement des marchés, plaident-ils.

Mais la pression augmente, notamment via les médias. Le Wall Street Journal a ainsi récemment relaté une soirée où se sont retrouvés les représentants des plus puissants fonds spéculatifs. Ces derniers se seraient mis d'accord pour jouer de concert contre l'euro jusqu'à atteindre la parité euro-dollar. Le tout en amassant, bien évidemment, des profits faramineux. Le Wall Street Journal parle de 3 milliards de dollars accumulés sur le dos de l'euro. Le ministère américain de la Justice a ouvert une enquête.

Ces spéculations, que ce soit sur l'euro ou la dette grecque, n'augmentent pas la cote de popularité des hedge funds. Et certains sentent le vent tourner. Même si elle est hermétique à toute législation, la très puissante Alternative Investment Management Association (AIMA) a tendu une première perche, estimant que si les hedge funds modéraient leurs effets de levier (les ratios d'endettement dans leurs opérations financières), toute nouvelle réglementation ne pourrait être disproportionnée et punitive. Le plus grand fonds spéculatif européen, Brevan Howard, a également expliqué à ses investisseurs le risque réel d'une régulation plus sévère dans le secteur.

Mais, pour être efficace, l'Europe ne peut agir seule. Et, pour le moment, les deux côtés de l'Atlantique n'ont pas accordé leurs violons. Sans compter que la matière est des plus complexes et que les politiques sont très prudents dans l'élaboration de nouvelles réglementations. Dans l'équipe du commissaire Barnier, la nomination d'un nouveau directeur général anglais, Jonathan Faull, à la place de David Wright, expert des marchés financiers, risque de compliquer ce travail. Bonne chance, Monsieur Barnier !

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