Warren Buffett: 'En Europe, je préfèrerais mettre mon argent sous un matelas'

03/03/16 à 15:18 - Mise à jour à 15:32

Source: Trends-Tendances

Les taux d'intérêt négatifs, le grand méchant loup des banques et des investisseurs, comme le milliardaire américain Warren Buffett.

Warren Buffett: 'En Europe, je préfèrerais mettre mon argent sous un matelas'

Warren Buffett © REUTERS

La Banque du Japon et la Banque Centrale européenne pratiquent actuellement une politique de taux négatifs, une menace mondiale pour le système bancaire, déjà fortement fragilisé. Dans ce contexte morose, alors que les conséquences de ces taux négatifs sont débattues par les experts du secteur financier, le super-investisseur américain Warren Buffett explique sur CNBC ses craintes alors qu'il a placé des milliards d'euros dans une compagnie d'assurance en Europe, où il risque de subir un taux d'intérêt négatif : "Nous serions mieux avec un grand matelas en Europe pour mettre tout cet argent. Seulement, je ne trouve aucune personne de confiance pour dormir sur ce matelas".

Interviewé ce 2 mars dans "Squawk Box", l'émission économique matinale de la chaîne américaine, Buffett a réitéré ses craintes concernant la Réserve Fédérale qui a relevé ses taux aux USA en décembre dernier, une première en 10 ans, alors que la plupart des autres banques centrales pratiquent une politique d'abaissement des taux. Le Comité de la FED prévoit même que les conditions économiques vont évoluer de telle façon que seulement une hausse graduelle des taux sera requise.

En Europe, par contre, pour les banques qui déposent leur argent à la Banque centrale européenne (BCE), les taux sont aujourd'hui de -0,3% "et cela devrait encore baisser la semaine prochaine", confie Bruno Colmant, professeur d'économie à l'UCL, à La Libre.

Par ces taux négatifs, les banques sont encouragées à réinjecter leur argent dans des entreprises ou par des prêts aux ménages afin de retrouver une inflation positive, nécessaire pour la bonne santé de l'économie.

Retrouver l'inflation positive

Résultat : les banques se retrouvent dans une situation délicate, et veulent répercuter ces taux sur les livrets d'épargne de leurs clients, protégés par le taux légal minimum de 0,11%. Au point que de nombreux épargnants se demandent s'ils ne vont pas bientôt dévoir payer leur banque pour garder leur argent en sécurité?

Bruno Colmant explique à La Libre : "c'est tout à fait dans la même logique que celle de la BCE : celle de réduire l'épargne. En effet, en rendant dissuasif le dépôt, la population devra elle aussi se retourner vers la consommation. On peut dire que la décision de la BCE pourrait atteindre alors toute l'économie".

A la question de savoir si les taux des carnets d'épargne négatifs ne mèneraient pas plutôt les épargnants a retiré en masse leur argent et à le stocker sous leur matelas comme le préconise le milliardaire américain, l'économiste rétorque "Je n'y crois pas", coupe Bruno Colmant. "Même si cela vient à coûter de l'argent, les banques restent un lieu sûr où déposer son argent pour les épargnants." Il ajoute : "En plus, nous avons déjà en Belgique une limite de retrait de cash de 3.000 euros ce qui rend impossible tout retrait massif d'argent liquide. On voit qu'on pense aussi à supprimer le billet de 500 euros donc il n'y pas de grande thésaurisation à venir."

Au Japon, les ménages sont déjà les victimes des taux négatifs. A cause de l'appréciation du yen et la résistance de la déflation dans l'Archipel, Haruhiko Kuroda, le gouverneur de la Banque du Japon, a décidé d'imposer un taux de rémunération négatif de 0,1% sur une petite partie des réserves placées par les banques commerciales auprès d'elle, explique Les Echos. Au pays du Soleil Levant, la rémunération des comptes courants n'est plus que de 0,001%.

Depuis l'annonce de la Banque du Japon (BoJ), de nombreuses familles ont préféré stocker du liquide chez elles. "Cette initiative de la banque centrale a été très mal comprise et a des conséquences financières lourdes que l'institution n'avait, elle-même, pas anticipées", explique un analyste financier aux Echos.

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