Stress test: les banques belges victimes d'examinateurs trop sévères?

14/12/14 à 10:30 - Mise à jour à 10:48

Source: Trends-Tendances

L'examen approfondi du secteur bancaire européen par la BCE a révélé que les banques belges étaient plus sensibles au choc que d'autres. Mais nos banques n'auraient-elles pas été désavantagées ?

Stress test: les banques belges victimes d'examinateurs trop sévères?

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Le 26 octobre dernier - un dimanche pour laisser à tous le temps de digérer la nouvelle - la Banque centrale européenne a remis leur bulletin aux 123 banques qu'elle contrôle désormais. Ces établissements avaient dû se plier à un lourd exercice de comprehensive assessment (évaluation approfondie) qui consistait en un examen de la qualité de leurs actifs (asset quality review ou AQR) et un stress test permettant de voir si, en cas de choc, ces banques étaient suffisamment capitalisées.

Ces examens ont dévoilé, dans les portefeuilles des banques, 136 milliards d'euros supplémentaires d'actifs non performants. Au total, les banques de la zone euro ont donc près de 900 milliards de crédits "douteux", ce qui n'est pas rien.

Ces tests ont aussi permis de lever beaucoup d'incertitudes. Ainsi chez nous, Belfius a été heureuse de démentir certaines rumeurs : même en cas de choc, son ratio de solvabilité resterait confortablement établi à 7,30 %, soit un niveau bien plus élevé que le seuil minimum obligatoire de 5,5 %.

Sensibilité belge

Toutefois, l'examen suscite des interrogations : les banques belges seraient, avec les banques slovènes, chypriotes et grecques, celles qui seraient les plus secouées en cas de crise (voir le graphique). Et même si l'on retire le cas Dexia, leurs fonds propres fondraient, en cas de crise, d'un montant équivalant à 5,8 % de leurs actifs pondérés. C'est presque trois fois plus que les banques espagnoles (1,9 %) ou françaises (2,4 %) et presque deux fois la moyenne européenne !

Nos banques seraient-elles plus aventureuses que les autres ? Non, mais elles doivent encore gérer certains legs difficiles : les activités hongroises d'Axa Banque, les crédits irlandais de KBC, le portefeuille hérité de Dexia pour Belfius, etc. Le directeur des risques chez Belfius Eric Hermann estime par exemple que le portefeuille hérité de Dexia est responsable à lui seul de 60 % de l'impact des stress tests sur sa banque.

Mais il y a une autre raison à ce mauvais classement belge : les tests ont été appliqués chez nous de manière plus sévère que dans d'autres pays. En partie parce que la Banque nationale, responsable de la bonne marche de l'examen, voulait échapper à toute critique. En partie parce que les autorités européennes qui ont élaboré ces tests ne nous ont pas avantagés. A titre d'exemple, dans le scénario noir auxquels les banques ont été soumises, le marché immobilier belge subissait une fameuse claque, les prix chutant de près de 25 % entre début 2014 et fin 2016. Mais pour l'Espagne, la baisse envisagée n'était que de 8,9 %, l'argument étant que le marché immobilier espagnol avait déjà subi une crise...

Examen à géométrie variable

"Il fallait corriger des situations économiques parfois très différentes entre pays, justifie Eric Dor, professeur à l'école de management IESEG en France. Mais parfois, admet-il, ces corrections ne sont pas allées dans le bon sens." Autre exemple de cette sévérité à géométrie variable : la manière très différente dont, d'une banque à l'autre, d'un pays à l'autre, un même portefeuille obligataire est traité. Une première différence est comptable : les banques doivent mobiliser davantage de fonds propres pour des titres étiquetés "disponibles à la vente" que pour des titres censés être détenus jusqu'à leur échéance.

Mais même pour des titres censés être détenus jusqu'à leur maturité, le traitement est loin d'être homogène. Certaines banques laissent en effet aux agences de notation le soin d'évaluer le risque. Dans cette approche dite "standard", les obligations d'Etat qui bénéficient d'un bon rating ne nécessitent aucune mobilisation de fonds propres. En revanche, les banques qui évaluent les risques selon des modèles développés en interne - ce que l'on appelle l'approche avancée - doivent mobiliser des fonds propres. Certains pays, comme l'Italie, permettent à leurs banques d'avoir une approche standard. D'autres, comme la Belgique, poussent l'approche avancée. Un même portefeuille d'obligations est donc considéré comme gourmand en fonds propres pour les banques belges et sans impact pour les banques italiennes.

"Les pays qui permettent le traitement des expositions en standard ou l'application du carve-out (un régime dérogatoire, Ndlr), comme par exemple l'Italie, ont pu pondérer leurs expositions à 0 %. Ce n'est pas le cas de la Belgique et cela pose en effet une question de comparabilité", avoue-t-on du côté de la Banque nationale, notre gendarme bancaire, qui ajoute que ce n'est pas le seul cas où une comparaison entre pays n'est pas possible.

Problèmes de comparaison

La gestion de la mise en place, en 2018, des nouvelles règles de solvabilité de Bâle III est également très disparate de pays à pays. Certains pays, comme la Belgique, permettent aujourd'hui à leurs banques de ne comptabiliser dans le calcul de leurs fonds propres que 20 % des pertes latentes sur leur portefeuille obligataire de trading. D'autres les obligent à compter 100 %. Par ailleurs, Bâle III ne permettra plus de considérer le goodwill (la survaleur payée lorsqu'une banque en achète une autre) comme du capital. La Belgique a déjà appliqué cette règle. Mais pas un pays comme l'Espagne.

Un exemple plus fort : au sein d'un même pays, l'examinateur local chargé de faire appliquer les tests a pu adopter des comportements différents selon les banques. Ainsi chez nous, Argenta et KBC ont pu appliquer des règles plus souples pour déduire les activités d'assurance mais pas Belfius. Cette dernière n'a en effet obtenu de la BNB l'accord pour appliquer ces règles que dans les premiers jours de 2014. Trop tard, les tests de la BCE portaient sur le bilan des banques au 31 décembre 2013. Lorsque l'on interroge, la BNB dit que cette différence de traitement "ne mérite pas d'être mentionnée". Mais à l'analyse, la différence n'est pas anodine. Si Belfius avait été traitée comme Argenta ou KBC, elle aurait eu un ratio de capital proche de 7,60 %, soit sensiblement plus que les 7,30 % qu'elle a finalement affiché.

Les stress tests ont donc permis de clarifier bien des choses. Mais ils n'ont pas encore mis toutes les banques européennes sur le même pied...

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