Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

25/11/14 à 11:44 - Mise à jour à 15:51

Scandales financiers: "tous pourris" ou mieux punis ?

Quand on regarde les journaux télévisés ou quand on lit la presse écrite, on découvre depuis plusieurs mois - pour ne pas dire plusieurs années - que les scandales financiers se suivent à vive allure.

Scandales financiers: "tous pourris" ou mieux punis ?

Image d'illustration. © Thinkstock

Quand ce n'est pas un ministre français qui cache son compte suisse au fisc de son pays, c'est un cartel de banquiers londoniens qui subit une amende colossale pour avoir tantôt manipulé le marché des devises, tantôt le marché des taux d'intérêt. Et quand on croit que c'est fini, c'est le Luxembourg qui fait parler de lui via une vaste enquête qui démontre que pendant des années, des multinationales et des personnes privées ont pu payer un minimum d'impôts grâce à la technique tout à fait légale des rulings.

Au niveau du citoyen "normal", cela commence à peser lourd sur sa confiance dans le système. J'imagine que vous aussi, vous entendez très souvent, au détour d'une conversation anodine, des phrases du genre "c'est toujours les mêmes qui en profitent", ou en tous cas que "tout fout le camp", que "l'époque n'a plus de ligne de conduite", que "la corruption gangrène tout et tout le monde", que "la corruption est partout", que "les moeurs s'avilissent"... Bref, "c'était tout de même mieux avant !"

Au fond, ces réactions épidermiques sont normales et même tout à fait légitimes. Mais sont-ce les bonnes ? J'avoue que j'ai moi-même changé d'avis sur le sujet en lisant la prose du philosophe Roger-Pol Droit dans l'une de ses chroniques (Les Echos). Que dit-il en substance ? Que face à la corruption et au "tous pourris" d'aujourd'hui, il y a une première réaction, celle effectivement du "c'était mieux avant" et du "tout fout le camp". Et puis une seconde, celle qui consiste à dire que s'il y a autant de scandales, ce n'est pas parce que les moeurs se sont dégradées, mais bien parce que la société moderne détecte mieux et plus vite les dérapages. Aujourd'hui, on détecte plus vite ce qui, hier encore, restait invisible.

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Notre société de transparence nous donne, à tort, l'impression que nous vivons un déluge de corruption

Que ce soit en matière de corruption ou de scandales, l'information circule plus vite de nos jours. L'administration, la justice et les journalistes sont plus rapides à dénoncer les dérives. Bref, les arnaques de toutes sortes sont mieux traquées, car la police est mieux équipée, que la justice est plus vigilante, et surtout, parce que les infos qui restaient secrètes auparavant, sont mieux partagées.

Donc, non, il n'y a pas plus de gens pourris aujourd'hui qu'hier. La nature humaine n'a pas changé. Simplement, notre société de transparence nous donne, à tort, l'impression que nous vivons un déluge de corruption, alors qu'elle est simplement mieux et plus vite réprimée. C'est donc une bonne nouvelle, mais c'est vrai qu'elle enlève un sujet aux habitués du café du commerce.

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