Quelle suite la BCE va-t-elle donner à sa politique ultra-accommodante ?

20/10/16 à 12:30 - Mise à jour à 15:36

Source: Afp

Le président de la BCE Mario Draghi devrait rassurer jeudi sur sa volonté de faire plus si besoin pour stimuler l'économie de la zone euro, après des rumeurs mal prises par le marché affirmant qu'il pensait durcir sa politique ultra-accommodante.

Quelle suite la BCE va-t-elle donner à sa politique ultra-accommodante ?

Mario Draghi © Reuters

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Tous les économistes s'y attendaient: le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne allait laisser inchangés les taux d'intérêt -déjà à leur plus bas historique de 0% -, lors de sa réunion ce jeudi.

Et comme escompté, l'institution monétaire de Francfort n'a pas non plus modifié son taux de prêt marginal, abaissé à 0,25% en mars, ni son taux de dépôt, porté en territoire négatif pour la première fois en juin 2014 et qui stationne désormais à -0,40%.

Les marchés n'en suivront pas moins la conférence de presse du patron de l'institut de Francfort avec le plus grand intérêt.

Nervosité

"Il y a une petite chance que Mario Draghi profite de la conférence de presse pour indiquer le cours futur de la politique monétaire", estime Johannes Gareis de Natixis.

Pour le moins, "il devrait clarifier le fait que la BCE se tient prête à intervenir de nouveau si nécessaire, et en a la volonté et la capacité, comme il l'a fait lors de la réunion de septembre", ajoute l'expert.

Des explications sont d'autant plus espérées que des rumeurs récentes d'une réduction de la voilure des achats de dettes, contradictoire avec les attentes, ont troublé les marchés.

Début octobre, l'agence Bloomberg News -citant des sources proche de l'institut- avait évoqué une possible sortie progressive de ce programme (dit "tapering"), à un moment où des doutes ont surgi quant aux capacités techniques de la BCE à trouver, chaque mois, pour 80 milliards d'euros de titres à racheter, en respectant les critères qu'elle s'est elle-même fixés.

Malgré le démenti de la BCE, ces rumeurs ont dopé les taux d'emprunt et rendu les marchés nerveux. "Nous avons besoin d'une clarification", estime Gilles Moëc, chef économiste chez Bank of America-Merrill Lynch.

"Il est trop tôt pour que la BCE livre des indications sur sa stratégie de sortie", souligne de son côté Florian Hense, de Berenberg. Pour le moment, elle "veut que les marchés se concentrent sur une probable extension de son programme d'achats", juge-t-il.

Décision en décembre

Pour la majorité des experts, la réunion du 8 décembre sera l'occasion pour la BCE d'annoncer de nouvelles mesures pour aider une croissance toujours molle en zone euro et une inflation trop basse.

Si l'inflation a atteint son plus haut niveau en septembre depuis près de deux ans, à 0,4%, elle reste très loin de l'objectif d'un peu moins de 2% de la BCE.

"Nous pensons que la BCE va probablement agir de nouveau en décembre, quand elle aura en main les nouvelles prévisions" de croissance et d'inflation, sur lesquelles elle s'appuie pour justifier ses changements de politique, indique ainsi Elga Bartsch de Morgan Stanley.

Les économistes tablent sur une extension des achats de dette au-delà de mars 2017 et sur un assouplissement des règles que se fixe la BCE pour acquérir ces titres.

En abreuvant le circuit financier d'argent frais, l'institut veut stimuler le crédit et encourager ainsi investissements et consommation, pour au final relancer l'économie et les prix.

Sa dernière étude trimestrielle parue mardi, montrant une nouvelle amélioration des conditions d'octroi de prêts aux entreprises et aux ménages de la zone euro, est propre à la conforter dans sa conviction que sa politique fonctionne.

Et Mario Draghi devrait en profiter pour appeler les gouvernement à faire leur part du travail pour soutenir l'économie, en augmentant leurs investissements.

Plusieurs événements politiques, comme les élections américaines du 8 novembre et le référendum italien du 4 décembre sur lequel le chef du gouvernement Matteo Renzi joue son avenir politique, devraient aussi inciter la BCE à patienter, estiment les analystes. S'ajoutent les inconnus sur l'impact du "Brexit" et sur une prochaine remontée des taux par la Réserve fédérale américaine.

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