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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

24/09/15 à 16:09 - Mise à jour à 16:09

'Quel est le prix de votre vie ? La froide logique économique le détermine...'

Quel est le prix d'une vie humaine ? Difficile d'avoir une question plus dérangeante... Surtout si l'on sait que la vie d'un Américain est de 3 millions de dollars, celle d'un Européen vaut 1,5 million d'euros et celle d'un Africain... tout juste 50.000 dollars.

'Quel est le prix de votre vie ? La froide logique économique le détermine...'

© istock

Les chiffres que je cite ne sont pas très connus et ont été obtenus par Linda Bendali, une journaliste très tenace de la chaine de télévision Arte, qui a consacré tout récemment (1) un documentaire sur "Le prix de nos vies". Et encore, ces explications, elles les a obtenues par téléphone, car son interlocuteur ne voulait pas laisser de traces écrites.

Soyons clairs, ceux qui connaissent le mieux le prix d'une vie, ce sont les assureurs, comme le précise le magazine Challenges, car c'est leur métier d'indemniser les parents des victimes d'un crash aérien par exemple. Et dans ces cas-là, les données sont souvent assez confidentielles, du fait d'ailleurs de la volonté de discrétion à la fois des assureurs, des avocats, mais parfois aussi des parents des victimes.

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Quel est le prix de votre vie ? La froide logique économique le détermine...

Le documentaire de Linda Bendali démontre par exemple qu'après le crash aérien du 9 août 2007 au large de Papeete - qui a causé la mort de 19 passagers -, le tribunal n'a pas indemnisé les parents des victimes de la même manière. Les proches de deux cadres supérieurs ont encaissé un peu plus de deux millions d'euros, celle d'un fonctionnaire 1,1 million, contre 461.000 euros pour un cadre moyen et 219.000 euros pour une jeune employée d'une PME. Vu rapidement comme cela, on se dit que, même face à la mort, les riches et les pauvres ne sont pas logés à la même enseigne !

En réalité, et c'est pourquoi ce sujet du "prix d'une vie humaine" est souvent tabou, c'est parce que ce prix répond à une logique économique froide et statistique. En clair, les indemnités sont établies en fonction de la perte financière subie par la famille, calculée en fonction de l'âge et des ressources financières de la victime.

C'est choquant à dire, mais le récent crash du vol low cost de Germanwings ne mettra pas à genoux les assureurs concernés, selon Challenges. La raison ? Il y a eu certes 150 victimes, mais la majorité de ces victimes avait des revenus modestes. Et dans ce drame humain, il y avait aussi un bébé... Et encore une fois, aux yeux des actuaires des compagnies d'assurance, un enfant ou un bébé coûte moins cher qu'un adulte pour les raisons que j'ai évoquées. C'est horrible de parler comme cela, et c'est d'ailleurs pourquoi ce sujet est encore très tabou, car il est impossible de dire à la face du monde que, pour des raisons purement économiques, une personne vaut davantage qu'une autre, une fois morte.

La seule exception à ce principe, c'est la médiatisation. De même que la photo de l'enfant syrien noyé sur les plages de Turquie a fait sauter certains verrous politiques en Europe, le crash du Concorde à Roissy en juillet 2000, par exemple, a eu un tel retentissement médiatique que les indemnités ont dépassé le million d'euro par personne, alors que ces personnes étaient en réalité souvent retraitées. En clair, les assureurs peuvent aller à l'encontre de leurs règles lorsque la pression médiatique est trop forte. Ce documentaire sur "le prix de nos vies" pose un constat terrible, mais c'est hélas la réalité !

(1)Spécial Investigation, "le prix de nos vies" de Linda Bendali (Canal +), voir aussi le magazine Challenges, 3 septembre 2015

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