Procès Euribor: ils ont "truqué le système", lance l'accusation

12/04/18 à 13:38 - Mise à jour à 13:38

Source: Afp

Les banquiers accusés dans le scandale Euribor? Des traders sans scrupules qui "ont truqué le système" pour doper leurs bonus de fin d'année, a estimé mercredi l'accusation lors du procès à Londres consacré au scandale de la manipulation du taux interbancaire.

Procès Euribor: ils ont "truqué le système", lance l'accusation

/ © Getty

Les prévenus sont un ancien trader de la Deutsche Bank et quatre de Barclays, dont l'un a refusé d'assister au procès. Ils sont accusés d'avoir manipulé l'Euribor, un ensemble de taux d'intérêt auquel les banques européennes de premier plan se consentent des prêts.

Devant la justice britannique, ils sont poursuivis pour des faits de "complot" destiné à organiser une "fraude" sur une période allant de janvier 2005 à décembre 2009.

"Au cours de ce procès, vous apprendrez comment quelques individus ont truqué le système pour arnaquer un grand nombre de personnes avec qui ils étaient en affaire", a déclaré le procureur James Waddington devant le tribunal de Southwark, compétent en matière de fraude.

Le travail "de ces personnes était jugé à l'aune de l'argent qu'elles faisaient gagner à leurs employeurs, les banques", a poursuivi le magistrat.

"De sorte que les traders ont commis cette fraude en partie pour augmenter (leurs) bonus", sans se préoccuper "des autres participants du marché qui participaient involontairement à des opérations dans le cadre d'un système truqué", a-t-il souligné.

Le procès se déroule en l'absence de sept des onze personnes qui ont été inculpées dans cette affaire. Cinq d'entre elles, résidant hors du Royaume-Uni, sont visées par un mandat d'arrêt émis par le Serious Fraud Office (SFO), l'office britannique de lutte contre la délinquance financière.

Une autre, le Français Christian Bittar (ex-Deutsche Bank), acteur "principal" du dossier selon l'accusation, a déjà plaidé coupable en mars.

Le septième absent, un autre Français, Philippe Moryoussef (ex-Barclays), a pour sa part "refusé" de "comparaître à l'ouverture du procès" et s'est placé "sous la protection de la loi française", a indiqué dans un communiqué son avocat parisien, François De Castro.

D'après ce dernier, la justice britannique a contrevenu au principe de "procès équitable" en organisant un procès en l'absence des autres mis en cause, "entraînant à l'égard des autres accusés (présents) un jugement nécessairement tronqué".

Selon des éléments présentés devant le tribunal, Christian Bittar était un proche de Philippe Moryoussef, et des dizaines d'enregistrements téléphoniques suggèrent qu'ils se vantaient de leur capacité à pouvoir manipuler l'Euribor.

L'Euribor (pour Euro interbank offered rate) est l'équivalent en euro du Libor (London interbank offered rate), un taux qui sert de référence pour le monde de la finance et dont le nom est devenu célèbre à la suite d'un scandale ayant éclaté en 2012.

Il est apparu que des employés de grands établissements financiers avaient tenté de manipuler ces taux, une affaire qui a entraîné le versement de l'équivalent de milliards d'euros d'amendes pour de grandes banques ainsi que plusieurs procès.

L'affaire avait conduit l'Union européenne à durcir son arsenal législatif contre les auteurs de manipulations de marché.

Le procès, qui s'est ouvert lundi, doit durer environ trois mois.

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