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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

11/03/15 à 14:52 - Mise à jour à 15:00

Pourquoi nos manuels d'économie sont obsolètes face à l'envolée des Bourses

Les marchés boursiers volent de record en record depuis le début de l'année. Et quand il y a une pause dans la hausse, c'est uniquement pour mieux repartir ensuite.

Pourquoi nos manuels d'économie sont obsolètes face à l'envolée des Bourses

Un trader de la Bourse de Francfort. © Reuters

Ceux qui cherchent une explication à la bonne tenue de la Bourse pourraient se dire que c'est grâce à la baisse brutale du pétrole, qui donne du pouvoir d'achat aux ménages et qui baisse les coûts des entreprises. Ou alors, ils pourraient se dire que c'est grâce aussi à la baisse de l'euro, qui évidemment dope le carnet de commandes des entreprises européennes exportatrices. Tout cela est en partie vrai, mais la véritable raison qui explique l'envolée des Bourses européennes, elle est ailleurs. Elle est à Francfort, là où se trouve le siège de la Banque centrale européenne.

Le 22 janvier dernier, la BCE a pris des mesures qui ont pour conséquence mécanique de faire baisser les taux à quasi du 0%. Le résultat, c'est qu'effectivement les taux d'intérêt, à court terme et à long terme jusqu'à 10 ans, sont proches de zéro. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que les banquiers, les assureurs ou n'importe quel investisseur, quand ils veulent chercher un peu de rendement, ils n'ont pas le choix, ils n'ont plus le choix: ils doivent acheter des actions. Donc, le résultat de la décision de la BCE, c'est que presque toutes les actions sont condamnées à augmenter, certaines plus que d'autres sans doute.

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En jetant l'argent par le fenêtre, la BCE a en quelque sorte manipulé les taux d'intérêt pour les rendre artificiellement bas. Et les investisseurs en profitent, car c'est exactement la même mécanique qui a eu lieu aux États-Unis. Là-bas, la Banque centrale américaine a agi avant nous, et a aussi baissé drastiquement les taux d'intérêt vers 0%. Le résultat, c'est que la Bourse de New York n'a pas arrêté de grimper depuis 6 ans d'affilée. Et aujourd'hui, devinez quoi ? Comme les chiffres du chômage américain sont en train de s'améliorer, la Bourse américaine commence à baisser ! Vous avez bien entendu, baisser ! C'est fou, dans nos manuels d'économie, on nous a enseigné que si l'économie s'améliore, et donc si les emplois augmentent et le chômage diminue, c'est en principe bon pour la Bourse.

Et bien, ce raisonnement n'est plus vrai aujourd'hui. La Bourse américaine a interprété cette amélioration du taux de chômage comme le signe que la Banque centrale américaine va pouvoir enfin augmenter ses taux d'intérêt, ce qui en principe est mauvais pour les actions. C'est incroyable, au lieu de se réjouir de la hausse des créations d'emplois, la Bourse a peur de voir la Banque centrale américaine arrêter de distribuer des boissons gratuites.

La Bourse ne répond plus à aucune logique en ce moment. En 2015, et à vrai dire depuis quelques années, ce qui compte en Bourse, ce ne sont plus les fondamentaux des entreprises ou la croissance, non, la seule chose qui compte, ce sont les taux d'intérêt. Tant qu'ils restent bas, la Bourse a de beaux jours devant elle. Comprenne qui pourra !

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