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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/02/18 à 15:40 - Mise à jour à 15:39

Pourquoi les banques vont... disparaître

Il y a des livres que l'on aimerait ne jamais avoir lus ou dont on aimerait ne jamais avoir entendu parler. Pas parce qu'ils ne sont pas agréables à lire ou qu'ils ne sont pas intéressants, non, mais parce qu'ils font peur...

Pourquoi les banques vont... disparaître

/ © Getty

C'est le cas d'un livre qui vient d'être publié aux éditions J-C. Lattès et qui s'intitule sobrement: Pourquoi les banques vont disparaître. Rien que cela ! Et cet ouvrage n'est même pas nouveau, comme le soulignent mes confrères du journal Le Monde, il date déjà de 2014 et a d'abord été publié en anglais. Dans un premier temps réservé aux initiés, ce livre est devenu, petit à petit, un best-seller et est enfin traduit en langue française. Pourquoi vous en parler ? Parce que l'un des deux auteurs est anonyme et pour cause... il travaille encore dans une banque. Il est donc apte à parler du secteur bancaire, car il occupe une fonction stratégique, et c'est un auditeur interne à la banque. En d'autres mots, c'est lui qui est chargé de superviser les mécanismes de sa banque.

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À l'heure des nouvelles technologies, les banques sont devenues impossibles à contrôler

C'est pour cela que ce livre est hyper intéressant, même s'il est assez technique de prime abord, selon Le Monde. Il dit clairement qu'à l'heure des nouvelles technologies numériques, les banques sont devenues impossibles à contrôler. Pire encore, toute tentative pour les contrôler est vouée à l'échec. Pourquoi ? Parce que, comme les auteurs l'écrivent clairement, "face à des exigences en capital supérieures, les banques réagiront comme elles l'ont déjà fait, elles déplaceront leurs activités dans l'ombre". Et quand les deux auteurs de ce livre parlent de l'ombre, ils évoquent ce que les spécialistes appellent... le shadow banking, la banque de l'ombre.

En fait, ils nous disent - presque bêtement - que la dernière crise de l'immobilier aux États-Unis est née en réalité, non pas de la vente de produits financiers toxiques, mais de l'informatique. En gros, et sans caricaturer leur propos, l'extrait du livre choisi par mes confrères du Monde rappelle qu'avant, "la comptabilité avec un papier et un crayon rendait très lent et très cher de transférer les prêts d'un bilan à l'autre. Désormais, c'est très facile, en quelques clics de souris." Ce qu'ils veulent dire par là, c'est que le renforcement du contrôle des banques est voué à l'échec parce que justement, les nouvelles exigences sont parfois exagérées et forcent les banques à réfléchir en dehors du cadre de la banque stricto sensu. Bref, à développer la banque de l'ombre, celle qui échappe au contrôle tatillon des régulateurs.

Si les régulateurs ne réglementent pas la finance de l'ombre, il y aura toujours un appel d'air pour contourner la loi. Et avec les nouvelles technologies, c'est encore plus facile aujourd'hui qu'hier. Il faudrait savoir ce qu'en pensent les banquiers: est-ce un livre à jeter aux orties parce qu'il met tous les banquiers dans le même panier ou est-ce un livre qui fait au contraire réfléchir ? J'en parlerai à mes amis banquiers !

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