Pourquoi le dossier Dexia menace notre avenir

20/03/12 à 18:55 - Mise à jour à 18:55

Source: Trends-Tendances

Le total des prêts et garanties octroyés par la Belgique et ses entités depuis le début de la crise bancaire atteint quelque 510 milliards d'euros, selon une étude lilloise qui vise particulièrement les aides accordées à Dexia.

Pourquoi le dossier Dexia menace notre avenir

© Reuters

Le total des prêts et garanties octroyés par la Belgique et ses entités depuis le début de la crise bancaire atteint quelque 510 milliards d'euros, a calculé Eric Dor, professeur à l'école de management de l'Université catholique de Lille, dans une étude consacrée à l'impact de la crise financière sur la dette de la Belgique et au poids des garanties publiques octroyées.

Selon Eric Doc, un peu plus de 26 milliards ont été accordés à des institutions financières (Fortis, Dexia, KBC, Ethias) et à des pays tiers sous formes de participation et de prêts. Près de 64 milliards ont été octroyés au titre de garanties exceptionnelles dans le cadre de la crise financière, les garanties sur les dépôts bancaires et sur les contrats d'assurance branche 21 atteignant quant à elles quelque 420,7 milliards. Le total s'élève à 510,603 milliards d'euros, soit 137,85 % du PIB, résume Eric Dor.

Les garanties à Dexia dans le collimateur du professeur lillois

Dans son analyse, ce dernier pointe particulièrement les garanties accordées par l'Etat belge à Dexia, dont l'activation compromettrait la solvabilité du pays. Il est donc urgent que le gouvernement belge et les partenaires sociaux négocient, dès à présent, un plan détaillant la manière dont les efforts seraient répartis si tel devait être le cas, plaide le professeur Dor.

"Les premières garanties à charge de l'Etat belge, effectivement octroyées en application des accords établis lors du premier sauvetage de Dexia en 2008 et 2009, ont porté jusqu'à 50,5 milliards d'euros, rappelle le professeur lillois. Actuellement, l'encours de ces garanties porte encore sur une douzaine de milliards."

Par ailleurs, si la nationalisation de Dexia Banque Belgique - rebaptisée Belfius - permet à la partie bancaire belge d'être à l'abri des pertes liées aux actifs à risques du groupe, les parties résiduelles de ce dernier "continuent à exposer l'Etat belge à de lourdes pertes potentielles", poursuit Eric Dor.

L'accord initial prévoit en effet que la Belgique assume 60,5 % des garanties sur des financements plafonnés à 90 milliards d'euros. En d'autres mots, les garanties à charge de l'Etat belge pourraient atteindre 54,45 milliards d'euros, soit 15 % du PIB.

Deux députées vertes combattent l'accord Dexia devant le Conseil d'Etat

Mardi matin, deux députées écologistes, Zoé Genot (Ecolo) et Meyrem Almaci (Groen), ont toutefois décidé de combattre les termes de cet accord devant le Conseil d'Etat, jugeant "trop lourde" la participation de la Belgique et souhaitant "mettre la pression" afin de renégocier le texte.

En effet, "en cas d'activation des garanties initialement prévues, la Belgique serait contrainte d'emprunter les sommes nécessaires, ce qui, au vu de leur ampleur, compromettrait la solvabilité du pays", prévient Eric Dor.

Baisses de salaires dans la fonction publique, réduction drastique de l'emploi, réduction des allocations sociales et augmentation des impôts seraient alors incontournables, "quelles que soient les orientations politiques du gouvernement".

"Il serait dès lors urgent que le gouvernement belge et les partenaires sociaux négocient, dès maintenant et avec responsabilité, un plan contingent qui détaille la manière dont les efforts seraient répartis entre toutes les composantes de la population et des entreprises, au cas où les garanties Dexia seraient activées", plaide le professeur en mettant en garde contre un "traitement improvisé" de pareille crise, "lorsque des mesures doivent être prises dans l'urgence sous tutelle internationale. Se préparer n'implique pas que l'on pense que le paiement des garanties sera nécessairement enclenché, mais c'est une éventualité à laquelle il faut être prêt à réagir."

Trends.be, avec Belga

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