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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

08/02/17 à 13:59 - Mise à jour à 13:59

'Pourquoi la guerre des générations n'a pas eu lieu'

Les derniers chiffres publiés par les banques belges sur les prêts hypothécaires en disent parfois plus long sur notre société qu'une étude sociologique.

'Pourquoi la guerre des générations n'a pas eu lieu'

© istock

J'en veux pour preuve les crédits hypothécaires souscrits par les jeunes couples. Que n'a-t-on dit ou écrit sur la confrontation inéluctable entre les jeunes et les plus âgés. Des livres savants sont sortis pour nous expliquer que les jeunes vont se révolter contre les plus âgés, notamment parce que ces derniers leur ont légué une dette publique immense. Et en plus, les plus âgés vont vivre plus longtemps et donc les plus jeunes vont hériter du poids insoutenable du financement de leurs retraites. Pour toutes ces raisons et bien d'autres encore, nous devrions nous attendre à ce que les plus jeunes refusent d'assumer la dette de leurs aînés. Bref, il faut s'attendre à une guerre des générations.

Or, il suffit de regarder par exemple les chiffres d'AXA Banque pour constater qu'il n'y a pas de guerre entre les générations, mais au contraire une coopération. Selon ces chiffres, 60% des jeunes adultes, ceux qui ont entre 20 et 35 ans, reçoivent une aide de leurs parents pour pouvoir acheter un logement ! Il y a 20 ans, seulement 22% de ces jeunes recevaient une aide de leurs parents. Il faut dire que cette aide est appréciable, surtout dans des grandes villes comme Bruxelles ou sans coup de pouce des parents le logement est hors d'accès pour un jeune ménage. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le ratio d'endettement des jeunes couples n'est pas de 30%, comme c'est le cas en général, mais de 40%.

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Les banquiers sont un peu moins rigides et aveugles que par le passé

Il faut dire que les banquiers sont un peu moins rigides et aveugles que par le passé. Auparavant, cette fameuse règle de la mensualité de crédit qui ne devait pas dépasser le tiers de vos revenus net était appliquée à la lettre. Aujourd'hui, les banquiers ont enfin compris que si vos revenus sont un peu plus élevés, ce qui compte, ce n'est pas la règle aveugle du tiers, mais ce qui reste en net à la fin du mois ! Cet exemple montre que la famille n'est pas dans un scénario de guerre intergénérationnelle, comme l'ont prévu certains gourous. Au contraire, c'est l'entraide qui prime fort heureusement entre les générations.

Mais il est vrai que la famille a changé, mais pour d'autres raisons. En effet, comme le font remarquer deux sociologues français (1), chaque âge de la vie connaît désormais sa métamorphose. "Les rites de passage qui marquaient l'entrée des jeunes dans le monde des adultes ont volé en éclats: la magie du diplôme, le rituel du service militaire, l'étape de l'entrée dans le travail, l'installation en couple. Oui, tout cela a changé. La distinction entre trois temps de vie - formation, activité, retraite - n'a pas disparu, mais ses frontières se brouillent. La formation se déploie dorénavant tout au long de la vie, les parcours professionnels sont faits de moments d'inactivité choisis ou subis, et la retraite est plus active que jamais".

En résumé, la vie est plus complexe, et sans doute aussi plus intéressante, que par le passé, mais la guerre des âges annoncée par certains n'a pas eu lieu, et c'est tant mieux !

(1) La guerre des générations aura-t-elle lieu ? de serge Guérin et Pierre-Henri Tavoillot, Calmann-Lévy.

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