Pourquoi Belfius a un portefeuille de swaps de 700 milliards

04/11/14 à 06:16 - Mise à jour à 06:16

Source: Trends-Tendances

C'est un héritage bien connu de Dexia. Il contraint la banque à geler aujourd'hui 16 milliards d'euros.

Pourquoi Belfius a un portefeuille de swaps de 700 milliards

Marc Raisière, le patron de Belfius. © Dann

Belfius fait à nouveau les gros titres ces derniers jours avec une information qui, pourtant, est loin d'être neuve. La banque belge, comme les autres entités du groupe Dexia, possède en effet un portefeuille de "swaps d'intérêt" qui sont des instruments destinés à couvrir les fluctuations des taux d'intérêt. Ce portefeuille de swaps a une valeur nominale, rappelle nos confrères du Standaard, de 700 milliards. Mais ce chiffre signifie non pas que ces swaps valent 700 milliards d'euros, mais seulement qu'ils couvrent un risque de taux sur un montant théorique de 700 milliards. Cela demande quelques explications et demande de revenir à l'époque où Dexia existait encore.

Pour faire simple, Dexia, du temps de sa splendeur, se finançait dans les marchés souvent à taux courts et prêtait à ses clients à très très long terme. La banque franco-belge a ainsi fait des crédits à des communes italiennes sur 40 ans. En temps normal, les taux courts sont plus bas que les taux longs. La banque paie donc moins pour se financer que ce qu'elle reçoit pour prêter et elle fait un solide bénéfice. Mais on ne peut jamais exclure que les taux à courts termes remontent tout à coup et dépassent les taux à long terme. Dans cette configuration, Dexia perdrait beaucoup d'argent puisque l'argent payé par ses clients ne suffirait pas à payer les intérêts pour se financer. Pour éviter ce piège, Dexia, chaque fois qu'elle prêtait de l'argent à long terme à un client, "clichait" son gain en convertissant le taux d'intérêt à long terme reçu de son client en taux variables à court terme. Autrement dit, Dexia échangeait (swappait, dans le jargon), avec une autre banque, le paiement d'un flux d'intérêts fixes à long terme contre un flux d'intérêts variables à court terme. Ainsi, si les taux courts devaient augmenter, cela ne créerait pas de dommage dans la mécanique de Dexia : Dexia continuerait à devoir payer des intérêts variables à court terme pour emprunter dans le marché, mais elle recevrait aussi des intérêts variables à court terme (un peu plus élevés) de ses clients.

Conséquence imprévue

Le hic, c'est que Dexia n'avait pas prévu toutes les conséquences de cette mécanique. Une d'elles, c'est que la valeur des swaps d'intérêt fluctue avec l'évolution des taux. Or, en fonction de l'évolution de la valeur de ces swaps d'intérêts, Dexia recevait, ou au contraire devait déposer, des garanties afin de rassurer sa contrepartie. Les swaps conclus par Dexia avaient comme caractéristiques que Dexia devait mettre de plus en plus en garantie si jamais les taux longs (plus précisément, les taux des obligations allemandes sur 10 ans) baissaient. Or, avec la crise de la zone euro, les taux des obligations allemandes ont baissé et continuent encore à baisser aujourd'hui.

Belfius, ex Dexia banque, a hérité d'un portefeuille d'actifs de son ancienne maison-mère, mais aussi du portefeuille de swaps qui couvre le risque de taux sur ces actifs. Comme les taux allemands sont au plus bas, le groupe de bancassurance doit donc déposer des montants importants en garantie. C'est de l'argent immobilisé qui coûte donc à la banque. Dans l'entretien qu'il nous avait accordé (voir Tendances numéro 43 du 23 octobre dernier), Marc Raisière, le patron de Belfius, n'avait pas fait mystère du montant que sa banque devait geler aujourd'hui: "nous avons 10 milliards de collatéral (garantie NDLR) pour notre portefeuille de bonds et six milliards pour notre portefeuille de garantie de crédit", disait-il.

Ce montant est important, mais il devrait se dégonfler au fil du temps puisque chaque fois qu'un emprunt hérité de Dexia arrive à échéance, les swaps d'intérêt se dénouent et Belfius peut récupérer les garanties qu'il avait déposées. Reste que ces swaps sont embêtants. Marc Raisière nous disait d'ailleurs que c'était un élément qui empêchait de vendre la banque aujourd'hui : "C'est pour cela, qu'avoir un peu de temps pour rendre acceptable ce portefeuille hérité du passé pour un partenaire éventuel (...) est une évidence".

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