Obligations : sauve qui peut ?

18/02/11 à 11:06 - Mise à jour à 11:06

Source: Trends-Tendances

Faut-il oublier le marché obligataire en attendant que les taux d'intérêt remontent ? Les spécialistes ne fuient pas ce marché, toujours source de valeur potentielle.

Obligations : sauve qui peut ?

Les temps sont durs pour les investisseurs en obligations : les taux d'intérêt sont au plus bas de part et d'autre de l'Atlantique, les emprunts obligataires émergents ne sont plus aussi attractifs qu'au lendemain de la crise et la perspective d'une remontée des taux d'intérêt un peu partout dans le monde ne laisse rien présager de bon pour les prix des emprunts obligataires émis actuellement.

La politique de l'autruche ne serait-elle pas une solution en attendant des jours meilleurs ? Pour Franklin Templeton Investments, Axa Investment Managers et Rothschild, fuir le marché obligataire n'est certainement pas une bonne idée. Certes moins évident qu'en 2009, ce marché n'est pas dépourvu de valeur.

Viser la périphérie

Pour Rothschild, il n'y a pas de secret : "Pour trouver du rendement, il faut s'orienter vers des emprunts jugés risqués par le marché. Et force est de constater que le marché a tendance à exagérer certains risques. Ce décalage entre les risques perçus et les risques réels est source d'opportunités. Prenons l'exemple de l'Italie : les emprunts d'Etat italiens sont proches de 5 % alors que le risque est loin d'être aussi conséquent que celui lié aux emprunts espagnols, qui offrent pour leur part un taux à peine supérieur à 5 %", souligne Didier Bouvignies, associé-gérant auprès de Rothschild.

La maison de gestion basée à Paris va jusqu'à investir dans des emprunts grecs dont les taux d'intérêt caracolent à 11 %. "Même si des haircuts (perte de valeur d'un emprunt suite à une restructuration de la dette) doivent grever la valeur de la dette grecque de 30 %, nous aurons un rendement de 7 % sur nos titres", tient à relativiser le gestionnaire de Rothschild, qui précise que ces titres ne représentent qu'une pondération de 5 % dans un portefeuille correctement diversifié.

"Les taux actuels seraient justifiés si l'euro n'avait plus d'avenir et si l'Europe devait voler en éclats. Nous ne plébiscitons pas ce scénario. Les risques reflétés dans les taux d'intérêt sont largement exagérés. Techniquement, l'Europe est loin d'avoir épuisé toutes ses ressources pour venir en aide aux Etats en difficulté et les déficits actuels ne sont pas insolubles, loin s'en faut. C'est désormais une question de volonté politique", martèle Didier Bouvignies, qui en attendant profite des taux "trop" élevés.

Les emprunts émergents en fer de lance

Elsa Goldberg, Senior Product Manager Fixed Income auprès de Franklin Templeton Investments, s'oriente pour sa part vers les marchés obligataires émergents pour dénicher de la valeur. "Nous sous-pondérons l'Europe, les Etats-Unis, le Japon et la Grande Bretagne. Nous leur préférons l'Asie entre autres, où les taux d'intérêt sont en hausse et les devises sous-évaluées", confie-t-elle.

La révision à la hausse des taux d'intérêt de référence de plusieurs banques centrales émergentes, comme la Chine, le Brésil ou l'Inde, pour maintenir l'inflation sous contrôle, plaide en faveur de cette zone géographique. "Les marchés émergents n'ont rien à envier aux économies développées. Leurs déficits publics sont limités, leurs balances commerciales excédentaires et les banques centrales ont démontré leur capacité à prendre des mesures efficaces", conclut la product manager de Franklin Templeton Investments, qui recommande néanmoins une approche défensive de ces marchés, en optant pour de courtes durations.

Karine Huet, MoneyTalk

Ce qu'il faut en retenir

1. La politique de l'autruche n'est pas la meilleure des stratégies. Le marché obligataire est plus complexe à aborder, mais il est toujours possible d'y dénicher de la valeur.

2. La prime de risque sur les obligations italiennes et grecques rémunère généreusement le risque encouru.

3. Les obligations émergentes permettent de profiter de taux plus élevés et de la perspective de réévaluations monétaires.

4. Favorisez de courtes durations afin de ne pas être pénalisé outre mesure en cas de remontée des taux.

5. Les inquiétudes quant à l'évolution de la situation dans le Maghreb poussent les taux obligataires de la région vers le haut. Il n'y a toutefois pas lieu de se précipiter sur ces titres.

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