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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

04/09/14 à 15:16 - Mise à jour à 10/09/14 à 09:06

Même avec un gouvernement, la France montre chaque jour qu'elle n'est pas dirigée

Pour nous aider à sortir de la crise, la banque centrale européenne a fait en sorte que les taux d'intérêt à court terme soient le plus bas possible. C'est exactement ce qui se passe depuis quelques années, nous vivons dans un environnement de taux bas, y compris pour les taux à long terme. Mais le problème de ces taux d'intérêt très bas, c'est qu'ils faussent pas mal de calculs économiques et qu'ils portent en eux le germe de nouvelles difficultés.

Même avec un gouvernement, la France montre chaque jour qu'elle n'est pas dirigée

© iStock

Prenons le cas de la France, comme le disait hier soir Maurice Lévy, le patron de Publicis, le 3ème groupe de publicité mondial : "si la Belgique a pu démontrer qu'elle pouvait fort bien se diriger sans avoir de gouvernement, la France, montre chaque jour qu'elle n'est pas dirigée malgré le fait qu'elle ait un gouvernement !".

C'est un peu vache comme commentaire mais ce n'est pas totalement faux. En France, la plupart des réformes qui devraient être prises ne le sont pas... Pourquoi ? Mais parce que les taux d'intérêt à long terme sont tellement bas, même historiquement bas, que l'Etat français peut refinancer sa dette publique à un coût quasi nul. Donc, le gouvernement n'a aucune pression externe pour prendre enfin les réformes qui s'imposent, tout ce passe, comme si ces taux d'intérêt bas jouaient un peu le rôle d'anesthésiant !

Mais ce n'est pas le seul effet pervers des taux d'intérêt bas. Ce monde de taux bas rend le métier de banquier et d'assureur quasi impossible. D'ailleurs c'est ce qui explique que quasi toutes les banques belges ont diminué le taux de rémunération des livrets d'épargne en-dessous des 0,5%, autant dire des cacahouètes. Les banques peuvent se permettre de ne quasi plus rémunérer votre épargne pour aux moins deux raisons. La première, c'est que l'épargnant n'a pas d'autre choix, et donc il reste auprès de sa banque résigné à ne recevoir qu'un taux de 0,5% très symbolique et compensant tout juste l'inflation. Ensuite, les banques ne se battent plus entre elles pour attirer des fonds en provenance des clients car il y a tellement de liquidités sur le marché, qu'elles n'ont aucune difficulté à financer leur activité.

Puis à force d'avoir de l'argent quasiment gratuit, cela pousse à des comportements bizarres. Prenez le cas de la firme Apple, voilà une boîte qui croule sous les liquidités, mais qui sur base d'un calcul tout simple a préféré s'endetter à des taux dérisoires uniquement pour reverser ensuite cet argent à ses actionnaires.

Quand je vous disais que l'époque de l'argent facile est une époque qui est à l'origine de beaucoup de distorsions sur le plan économique, je n'ai fait que citer là quelques petits exemples.

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