Les trois risques économiques qui pourraient perturber 2018

29/11/17 à 09:44 - Mise à jour à 09:44

Degroof Petercam a présenté mardi ses prévisions pour l'an prochain. Les marchés des actions devraient toujours bien performer, mais plusieurs risques montrent le bout du nez.

Les trois risques économiques qui pourraient perturber 2018

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Pour les économistes de Degroof Petercam, l'an prochain devrait poursuivre la tendance de cette année : une économie en croissance, un marché des actions toujours porteur et des taux d'intérêt très bas. Les États-Unis devraient afficher une croissance de 2,4% l'an prochain (2,2% cette année) et la zone euro 2,1% (2,3% cette année). La Chine, elle, devrait décélérer légèrement, avec une croissance de 6,2% en 2018 contre 6,7% en 2017. Bonne nouvelle aussi du côté de l'inflation : la hausse des prix à la consommation devrait être contenue à 2,2% aux États-Unis et 1,4% dans la zone euro.

Des taux bas

Rien de bien neuf non plus du côté des banques centrales, dont la politique restera accommodante en Europe (même si normalement, la BCE devrait arrêter définitivement d'acheter des obligations d'état en septembre 2018) et modérée aux États-Unis. Aux États-Unis, la Fed a certes poursuivi le relèvement de ses taux directeurs, mais ce mouvement continuera à être très soft, avec encore deux ou trois petits tours de vis l'an prochain, souligne Hans Bevers, le chief economist de Degroof Petercam qui fait observer qu'à leur niveau actuel, les taux directeurs américains restent neutres.

Les trois risques économiques qui pourraient perturber 2018

© THIERRY DU BOIS-REPORTERS

Bonne nouvelle : la croissance de la zone euro, qui avait été poussée au début par les faibles prix de l'énergie, par la politique très accommodante de la BCE et par la faiblesse de l'euro qui avait soutenu les exportations devient de plus en plus autosuffisante, observe Brunon Colmant, responsable de la recherche macro chez Degroof Petercam. Création de jobs, baromètres de confiance, production de nouveaux crédits... tous ces indicateurs sont meilleurs. "Sur le plan de la compétitivité nous assistons même à une convergence des pays de la zone euro, pointe Bruno Colmant, qui ajoute : le risque d'un choc immobilier semble être passé."

Une Europe toujours "façon puzzle"

Alors, tout est pour le mieux ? Non. Sur le plan purement européen, les inégalités prospèrent. Les pauvres éprouvent toujours plus de mal à trouver un job, et les écarts de revenus augmentent (la Belgique, où l'on observe une diminution entre 2007 et 2014, est une exception). Et si, au niveau monétaire, la BCE a joué son rôle, l'intégration politique est très lente à se mettre en place. De grands écarts entre pays subsistent dans la zone euro : écarts de création de richesse (le PIB par habitant de l'Allemagne reste très supérieur à celui des pays du Sud), dans le niveau du chômage, dans l'évolution des dettes publiques. Et écarts aussi dans les opinions publiques, avec des sentiments très différents à l'égard de l'Europe.

Plus spécialement, l'Italie, avec une dette publique de 140% du PIB, une très faible croissance et un système bancaire toujours très affecté par d'importants crédits toxiques est un sujet d'inquiétude.

Risques chinois

En dehors de la zone euro, le flou entourant le Brexit est une préoccupation majeure. En cas de scénario noir, c'est-à-dire d'absence d'accord avec l'Union européenne et donc des transactions commerciales entre le Royaume-Uni et l'Europe qui seraient alors soumises aux règles de l'Organisation mondiale du commerce. Dans ce scénario, l'Union européenne pourrait perdre 1,2 million d'emplois, dont 42.000 pour la seule Belgique.

Mais pour Hans Bevers, "risque le plus important réside en Chine" où la bulle de mauvais crédits (essentiellement immobiliers) risque toujours d'éclater. Si l'on additionne la dette publique, la dette des gouvernements locaux et les capitaux qui sont nécessaires pour recapitaliser les banques, on dépasse les 80% du PIB, ce qui fait de la Chine le pays émergent le plus endetté, dépassant même le Brésil. Mais la Chine a des atouts, ajoute Hans Bevers : elle dispose d'importantes réserves de change, d'une épargne abondante et elle a mis en place un système de contrôle des capitaux. Et puis, la Chine fera tout pour qu'aucune crise n'éclate alors que le parti communiste s'apprête à fêter ses 100 ans (le premier congrès a eu lieu en 1921).

Les actions européennes en première ligne

En termes de placement, Jérôme van der Bruggen, qui est chez Degroof Petercam responsable des investissements pour la banque privée, estime que pour l'an prochain, la banque prône une stratégie neutre en actions et en obligations, et qui se décline en trois points. D'abord, puisque l'on s'attend toujours à une progression des bénéfices et que les actions européennes paraissent moins chères (elles se traitent 15 fois leurs bénéfices 2018) que leurs consoeurs américaines (18 fois les bénéfices), Degroof Petercam affiche une nette préférence pour les actions du vieux continent. Ensuite, sur le plan obligataire, une préférence pour les échéances courtes, pour les obligations d'entreprises, qui peuvent offrir un petit surcroît de rendement et pour les obligations liées à l'inflation.

Enfin, pour parer à toute éventualité et se couvrir en cas de choc, une position en dollars (devise qui sert toujours de refuge) et en or est conseillée.

Tiens, que pensent ces experts du bitcoin, qui vient de dépasser les 10.000 euros ? Est-ce aussi un instrument d'épargne ? Non, répond Hans Bevers. "C'est de la pure spéculation, qui fait penser à la bulle des tulipes en Hollande au 17e siècle, juge-t-il. Le parallèle de la courbe du bitcoin et de celle du Nasdaq au moment de la fièvre internet est saisissant. Le bitcoin et les crypto monnaies constituent donc une bulle spéculative qui, comme toutes les bulles, finira par éclater, en faisant des dégâts.

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