Les traders ne sont plus des humains

27/12/13 à 12:33 - Mise à jour à 12:33

Source: Trends-Tendances

"Acheter, acheter, vendre", égrène une voix de synthèse émanant d'un clavier d'ordinateur dans une salle de marché à Amsterdam. On l'entend à peine dans le fracas des clameurs humaines des opérateurs qui se crient leurs offres ou montent le volume des haut-parleurs qui relient la salle de marché à celles de leurs clients.

Les traders ne sont plus des humains

© Reuters

Malgré son ton impérieux, la voix de synthèse ne donne pas d'instructions, elle ne fait que rendre compte de ses actions tandis qu'elle négocie des produits dérivés à un rythme plus rapide que les battements d'ailes d'une libellule. La symbiose est parfaite entre l'être humain et la machine. Frank, spécialisé dans le trading d'options haute fréquence, utilise le système de négociation algorithmique de l'ordinateur et ajuste sans cesse les paramètres. Baigné dans la lumière tremblotante des huit écrans disposés au-dessus de sa tête, Frank lance l'ordinateur en utilisant son instinct pour juger de l'humeur du marché. Il se contente d'observer passivement la plupart des opérations effectuées par la machine à des vitesses bien supérieures à celles de l'excitation neuronale et de la contraction musculaire.

Le trading informatisé prend de nombreuses formes et porte toutes sortes de noms, mais on l'assimile surtout aux transactions à haute fréquence qui consistent à détecter des écarts de prix sur leurs valeurs et à en tirer profit en réagissant plus vite que la concurrence. Cela requiert des ordinateurs puissants, situés le plus près possible des Bourses, et des algorithmes bien conçus, capables de déterminer en l'espace de quelques millionièmes de seconde le moment auquel acheter et vendre. Le trading dit algorithmique a beau être une activité récente -- depuis une vingtaine d'années, certains observateurs annoncent déjà sa mort. En août 2012, Knight Capital, importante société de trading haute fréquence, s'est effondrée en quelques heures après qu'un nouvel algorithme introduit dans son système eut commencé à fonctionner de façon erratique, provoquant des pertes de 440 millions de dollars en un clin d'oeil.

Déjà sur le déclin A en juger par les bénéfices et la part de marché des sociétés de trading haute fréquence, les transactions algorithmiques semblent être effectivement sur le déclin. Getco, acteur majeur du trading haute fréquence, n'a engrangé que 16 millions de dollars en 2012, contre 430 millions en 2008. Les sociétés sur ce créneau perdent aussi leur influence sur le marché. De 2008 à 2011, elles ont été à l'origine de pas moins des deux tiers du total des opérations sur les actions américaines. En 2013, elles n'en réalisent plus que la moitié.

Mais ces chiffres ne doivent pas éclipser le fait que le trading informatique s'est généralisé. Si les sociétés de transactions à haute fréquence sont sur le déclin, ce n'est pas parce qu'on utilise moins les ordinateurs, mais parce que les banques d'investissement, les sociétés de courtage et les gestionnaires de fonds s'en servent aussi et que les sociétés spécialisées ne peuvent donc plus faire aussi facilement du profit. Qui plus est, 2014 sera vraisemblablement l'année où les ordinateurs cesseront d'être utilisés pour la seule négociation d'actions et deviendront prépondérants sur certains des principaux marchés financiers mondiaux : ceux des obligations d'Etat et d'entreprise, des dérivés de crédit, des swaps de taux d'intérêt et de devises..

Pour les banques d'investissement, le passage aux plateformes de trading électroniques est à double tranchant. La négociation électronique induit un resserrement des marges et une compression des bénéfices, et elle profite aux plus grandes banques, qui peuvent s'offrir les ordinateurs les plus puissants et les meilleurs algorithmes. Les grands perdants seront les opérateurs qui mouillent leur chemise, dont le nombre et la rémunération ont déjà sensiblement reculé. Leurs machines devenant plus intelligentes, ils seront encore moins en position de force en 2014 pour négocier de gros bonus.

JONATHAN ROSENTHAL, JOURNALISTE CHARGÉ DU SECTEUR BANCAIRE À "THE ECONOMIST"

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