Les pays du Golfe opposés à une réduction unilatérale de la production de pétrole

27/11/15 à 11:38 - Mise à jour à 11:38

Source: Afp

Les monarchies du Golfe restent opposées à une réduction unilatérale de la production de pétrole au risque d'une dégringolade continue des cours, estiment des experts à une semaine d'une réunion cruciale de l'Opep à Vienne.

L'or noir pompé par l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et le Qatar, représente plus de la moitié de la production totale de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), estimée à 32 millions de barils par jour (mbj).

"Les États du Golfe ne vont pas accepter une réduction unilatérale de la production. Ils auraient besoin d'une forte coopération des autres producteurs (non-Opep), notamment de la Russie, pour le faire", a déclaré à l'AFP l'expert koweïtien en énergie, Kamel al-Harami.

L'Opep tient une réunion cruciale le 4 décembre à Vienne pour étudier la situation mondiale du marché pétrolier où les prix ont perdu près de 60% depuis la mi-2014, en raison d'une production surabondante et de stocks à un niveau quasiment record de plus de 3 mbj.

Cette réunion sera précédée d'une rencontre informelle avec des producteurs non-Opep.

"Les producteurs du Golfe ne sont pas enclins à changer leur politique qui consiste à défendre leurs parts de marché plutôt que les prix, en dépit de la baisse de leurs revenus", explique à l'AFP l'économiste saoudien Abdelwahab Abou-Dahesh.

Si l'Opep décidait d'une réduction de la production, "ils savent qu'ils auraient à en supporter la plus grosse part car aucun autre membre de l'Opep n'a la capacité de le faire et la Russie (qui n'est pas membre de l'Opep) ne veut pas" baisser la sienne, poursuit-il.

Un haut responsable pétrolier du Golfe ne s'attend pas lui non plus à un changement d'attitude des monarchies de la région.

"Rien ne s'est produit pour convaincre ces États de modifier leur politique et réduire la production", a-t-il déclaré à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

Un autre officiel du Golfe n'écarte toutefois pas une certaine souplesse en cas de coopération des producteurs non-Opep: "il est prématuré de dire que l'Opep va maintenir sa politique".

Ryad prêt à coopérer

L'Arabie saoudite, chef de file de l'Opep, a indiqué la semaine dernière qu'elle était prête à coopérer pour stabiliser le marché et soutenir les prix.

Le Venezuela, membre de l'Opep, et des experts ont averti que les cours pourraient tomber jusqu'à 20 dollars le baril (contre environ 40 USD actuellement) si l'offre n'est pas limitée.

Selon M. Abou-Dahesh, les monarchies du Golfe tablent toutefois sur un rééquilibrage du marché grâce à la stratégie de l'Opep qui a réussi entre autres à freiner la production de pétrole de schiste américain.

Le secrétaire général de l'Opep Abdallah el-Badri s'est dit récemment confiant en une reprise du marché en 2016 grâce à une hausse de la demande et une baisse de la production.

Il a imputé la surabondance aux pays non-Opep qui mettent sur le marché depuis cinq ans un excédent de production de 6 mbj, lequel commence, selon lui, à se contracter.

Le ministre saoudien du Pétrole Ali al-Nouaïmi a expliqué récemment que la production devra augmenter à terme de 5 mbj afin de compenser l'épuisement de certains gisements.

Pour Bassam Fattouh, directeur de l'Institute for Energy Studies, basé à Oxford, le processus de rééquilibrage du marché a commencé mais l'impact sur les prix sera lent.

L'Agence internationale de l'énergie a indiqué que la demande ne devrait croître que de 1,2 mbj en 2016 contre 1,8 mbj cette année.

M. Harami prédit des prix bas durant les deux prochaines années, en attendant une reprise de l'économie mondiale.

Des coupes massives dans les investissements pétroliers contribueront à réduire la production, a-t-il ajouté.

Selon Ryad, plus de 200 milliards de dollars (188 milliards d'euros) de projets énergétiques ont été annulés cette année dans le monde. D'autres abandons sont attendus en 2016.

Malgré la baisse de leurs revenus pétroliers, les pays du Golfe peuvent toujours compter sur leurs énormes réserves en devises, selon M. Abou-Dahesh.

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