"Le temps des perfusions aux banques s'achève !"

01/12/10 à 11:56 - Mise à jour à 11:56

Source: Trends-Tendances

L'aide généreuse que la BCE accorde aux banques européennes a des limites. "Une sortie de cette politique monétaire très souple se justifie pleinement", estime Nout Wellink, gouverneur de la banque centrale des Pays-Bas et membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Entretien.

"Le temps des perfusions aux banques s'achève !"

© Bloomberg

Le vendredi 19 novembre, au siège de la Banque centrale des Pays-Bas. Les Irlandais se préparent à négocier avec l'UE et le FMI une aide qui se chiffre en milliards. La Banque centrale européenne en attend l'issue avec impatience car elle a accordé ces dernières semaines jusqu'à 130 milliards d'euros pour boucher les trous apparus dans les bilans des banques irlandaises.

"Nous ne pourrons pas continuer à nous occuper de ce type de problème jusqu'à la fin des temps, assène Nout Wellink, président du Comité de Bâle de supervision bancaire et membre du conseil des gouverneurs de la BCE. La BCE a colmaté les brèches que la crise a ouvertes mais nous ne sommes pas sur terre pour fournir en permanence un financement aux banques."

A cet égard, le gouverneur de la Banque centrale des Pays-Bas tient à faire une distinction entre deux types de banques : "D'une part, celles qui en ont vraiment besoin mais dont les problèmes doivent être résolus par les autorités nationales et par le biais de restructurations. Ces banques ne peuvent donc pas rester sous perfusion à charge de la BCE. D'autre part, il y a les banques qui sont accros à notre financement et trouvent pratique de recevoir des crédits à bon compte auprès de la BCE. Nous ne voulons pas de cela non plus car l'image de la force sous-jacente de ces banques s'en trouve faussée. Dans ces conditions, il est fort compréhensible qu'en tant que BCE, nous ayons l'intention de sortir de cette politique monétaire souple. Nous prendrons des décisions à ce sujet au début du mois de décembre."

L'Accord Bâle III oblige les banques à augmenter leurs fonds propres. Est-ce suffisant pour éviter la prochaine crise ?

Il est vrai que Bâle III réduit considérablement le risque d'une nouvelle grande crise. Nos calculs montrent que, si l'on augmente le niveau des fonds propres des banques de deux points de pourcentage, le risque de survenance d'une crise diminue environ de moitié. Lorsqu'on sait qu'une telle crise survient tous les 20 à 25 ans, c'est intéressant. Et lorsqu'on sait par ailleurs que le coût moyen de cette crise s'élève, selon le FMI, à 15 % du produit intérieur brut, la solution consistant à augmenter les capitaux des banques est payante. Dès que les banques satisferont à ces nouvelles normes en matière de fonds propres, il y aura moins de risques d'accidents.

Nous nous sommes naturellement penchés sur la phase d'implémentation. Tout comme la réduction du déficit budgétaire, le relèvement des fonds propres "durs" est un exercice qui porte ses fruits à long terme mais dont l'exécution fait mal à court terme. Cet effet négatif est fortement atténué grâce à la période transitoire que nous introduisons.

Les banques prétendent que Bâle III coûtera beaucoup de croissance et d'emplois.

Si nous suivions leur raisonnement, nous devrions conserver le levier d'endettement qui se trouve dans le système. Or, ce trop grand levier d'endettement a été l'une des causes de la crise. Je peux vous dire que, chez les banquiers, il existe un lien manifeste entre l'importance de ce levier et le besoin d'aides publiques. Ceci dit, il est possible que nos mesures drastiques déclenchent des effets secondaires indésirables. Aussi n'allons-nous pas les imposer brutalement. Nous évaluerons régulièrement l'introduction de ces mesures.

Est-on déjà parvenu à un accord sur la façon de traiter les banques qui ont une trop grande importance systémique pour qu'on puisse les laisser sombrer ?

Nous planchons actuellement sur un processus d'identification des institutions qui ont une importance systémique au niveau mondial. La méthodologie devrait être prête cette année. Ensuite, lorsque la liste sera prête, nous calculerons combien de capitaux supplémentaires ces institutions devront réunir. Ce lot de mesures ira au G20. Chez les techniciens, le problème est sur les rails mais l'exécution donnera encore lieu à de sérieuses difficultés au niveau politique.

Propos recueillis par Daan Killemaes

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