Le FMI verse un nouveau prêt à l'Ukraine malgré les doutes sur la dette

01/08/15 à 10:22 - Mise à jour à 10:22

Le Fonds monétaire international (FMI) a approuvé vendredi le versement à l'Ukraine d'un nouveau prêt massif en dépit des incertitudes sur la "soutenabilité" de la dette du pays et du conflit persistant dans l'Est séparatiste.

Le FMI verse un nouveau prêt à l'Ukraine malgré les doutes sur la dette

/ © Reuters

Le conseil d'administration du Fonds, qui représente ses 188 Etats-membres, a donné son feu vert au déblocage immédiat de 1,7 milliard de dollars dans le cadre d'un plan d'aide accordé en mars à Kiev et qui avait fait grincer des dents au sein de l'institution.

Au total, le Fonds s'était engagé à prêter à Kiev 17,5 milliards de dollars sur quatre ans en contrepartie de mesures drastiques visant à redresser les finances ukrainiennes, plombées par la récession et la perte d'une partie du territoire au profit des séparatistes pro-russes.

Le nouveau versement, après le déblocage en mars d'un premier prêt de 5 milliards de dollars, vise à "remettre l'économie sur le chemin du rétablissement", a assuré le FMI.

"La nouvelle tranche (d'aide, ndlr) va promouvoir la croissance de l'économie et rassurer les marchés financiers dans le pays et sur le globe", s'est félicité le ministère ukrainien des Finances dans un communiqué.

Mais la tâche s'annonce herculéenne. "D'importantes réformes structurelles et institutionnelles restent nécessaires pour corriger les déséquilibres économiques" en Ukraine, a commenté le numéro 2 du FMI David Lipton.

Privé de ses poumons industriels dans l'Est, le pays est en plein marasme: son produit intérieur brut devrait plonger à nouveau cette année (-9,5% selon le gouvernement ukrainien) et sa dette s'envoler à près de 135% de son PIB, selon des économistes.

Or le FMI l'a répété pour justifier sa réticence à continuer de renflouer la Grèce: il ne peut prêter à un pays que s'il juge sa dette "soutenable avec une très forte probabilité".

"Dialogue difficile"

Pour résoudre ce casse-tête et satisfaire les Etats-Unis --son principal actionnaire--, le FMI a sommé l'Ukraine d'engager une discussion avec ses créanciers privés afin d'obtenir une réduction de sa dette d'environ 15 milliards de dollars.

Mais les difficiles tractations se sont pour l'heure révélées infructueuses et font peser la menace d'un défaut de paiement ukrainien, qui risquerait de faire fuir encore davantage les investisseurs.

Tout en saluant le prêt du FMI, les Etats-Unis ont d'ailleurs vendredi "exhorté les créanciers (...) à parvenir à un compromis en temps utile avec les autorités ukrainiennes", a déclaré le secrétaire américain au Trésor Jacob Lew.

Menés par la société d'investissements américaine Franklin Templeton, ces créanciers trainent toutefois des pieds et ne sont pour l'heure prêts qu'à accepter une décote de 10% quand Kiev en attend 40%.

"C'est un dialogue difficile", avait reconnu mercredi la patronne du FMI Christine Lagarde tout en affirmant que son institution serait prête à continuer à aider le pays même en cas de défaut.

Selon ses règles internes, le FMI peut ainsi continuer à assister financièrement un pays qui a fait défaut vis-à-vis de créanciers privés, à condition notamment qu'il applique les réformes exigées de lui.

C'est ce dernier point qui, selon le Fonds, justifie l'apparente mansuétude dont l'Ukraine bénéficierait par rapport à la Grèce.

Récusant tout "deux poids deux mesures", le FMI a ainsi relevé qu'il s'agissait de pays et "de circonstances très différentes" et insisté sur les "engagements" de Kiev, pointant en creux le manque de coopération des autorités d'Athènes.

Depuis l'éviction de l'ancien président Viktor Ianoukovitch au début 2014, le FMI peut, à Kiev, s'appuyer sur un gouvernement pro-occidental bien plus enclin à appliquer de douloureuses réformes, dont une hausse des prix du gaz.

L'institution peut notamment compter sur la ministre ukrainienne des Finances Natalie Jaresko, une ancienne membre du département d'Etat américain qui a reçu la nationalité ukrainienne la veille de sa prise de fonctions à Kiev.

"L'Ukraine est un cas incroyablement encourageant", avait également estimé Mme Lagarde, relevant la détermination des autorités à "changer le visage" du pays en dépit d'une situation sécuritaire très compliquée.

Sur le terrain, le conflit opposant l'armée ukrainienne aux rebelles pro-russes semble montrer de très fragiles signes d'accalmie après avoir fait plus de 6.800 morts en quinze mois.

Avec l'Afp

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