La BCE pose un revolver sur la tempe des Grecs

05/02/15 à 10:55 - Mise à jour à 16:14

La Banque centrale européenne a décidé mercredi soir de couper le principal robinet de liquidités qui abreuvait les banques grecques. Les (lourdes) conséquences n'ont pas tardé à se faire sentir à la Bourse d'Athènes.

La BCE pose un revolver sur la tempe des Grecs

Alexis Tsipras © Reuters

Le conseil des gouverneurs et le directoire de la BCE qui se sont réunis mercredi à Francfort ont pris une décision lourde de conséquences. Ils ont retiré aux banques grecques l'autorisation de se servir d'obligations de l'État grec (ou d'obligations garanties par lui) pour obtenir des liquidités auprès de la BCE. Pour avoir de l'argent auprès de la BCE, les banques mettent en effet en garantie des titres de bonne qualité. Mais les obligations de l'État grec sont considérées comme pourries. En théorie, elles ne pouvaient pas être apportées en garantie à la BCE. Cette dernière avait cependant fait une exception afin de permettre aux banques grecques (dont les actifs sont surtout constitués d'obligations d'état) d'avoir la tête hors de l'eau. Avec la suppression de cette exception, les banques grecques peuvent certes encore se financer auprès de la Banque nationale de Grèce via d'autres canaux, mais à un coût nettement plus important et dans des volumes plus contraints.

Pourquoi la BCE a-t-elle pris cette décision ? Parce qu'il "n'est pas possible actuellement de s'assurer du succès du plan d'aide" (qui avait été mis en place en 2012, NDLR), dit la BCE dans un communiqué, et la banque centrale ajoute que cette décision est conforme aux règles de l'Eurosystème (l'ensemble des banques centrales de la zone euro, NDLR). "Le traité nous interdit de prendre toute décision qui reviendrait à financer un état par des mesures de politiques monétaires", précise le chief economist de la BCE, le Belge Peter Praet.

Pression allemande et krach boursier

La BCE avait en effet maintenu son principal robinet de liquidités sous la condition que la Grèce poursuive son plan de réforme. Le plan d'aide au pays décidé en 2012 devait d'ailleurs être bouclé à la fin de ce mois de février. La Grèce devait encore recevoir une tranche de 3,6 milliards d'euros, sous condition de poursuivre sa cure d'austérité. Mais le nouveau gouvernement mené par la gauche radicale Syriza a donné un coup d'arrêt à ces mesures.

La BCE, visiblement sous pression allemande, met donc une pression maximale sur la Grèce, au moment où les Grecs retirent en masse leur argent des banques.

Le ministère des finances grec s'est certes voulu rassurant, en déclarant que le système bancaire grec restait toujours protégé grâce aux autres canaux de liquidités disponibles. Mais dans les faits, il ne reste que quelques jours pour trouver une solution entre la Grèce et l'Europe, sans quoi, le système financier grec risque l'implosion...

D'ailleurs, l'indice vedette de la Bourse d'Athènes s'enfonçait déjà rapidement dans les premiers échanges ce jeudi. Il perdait 5,69% à 799,79 points, tandis que les banques subissaient une attaque en règle. L'indice spécifique du secteur bancaire grec s'effondrait en effet de plus de 22%. Le taux de l'obligation grecque à dix ans se tendait pour sa part, au-dessus de 10%, un signe très net de défiance...

Jusqu'à 60 milliards de prêts d'urgence

La BCE s'est dite prête à accorder jusqu'à 60 milliards d'euros de prêts d'urgence aux banques grecques, a-t-on appris ce jeudi auprès d'une source proche des banques centrales.

En fixant un cadre très généreux à ce mécanisme d'urgence ELA (Emergency Liquidity Assistance), dernier parachute, la BCE, après avoir envoyé un signal politique à Athènes, s'assure que le système bancaire grec ne sera pas pour autant à sec dans les semaines à venir.

La BCE "ne veut certainement pas prendre la responsabilité de pousser la Grèce hors de l'euro" en asséchant toutes les sources de financement, expliquait à l'AFP Dario Perkins, économiste chez Lombard Street Research.

Dans un entretien au quotidien économique Börsenzeitung jeudi, le président de la très orthodoxe banque centrale allemande Bundesbank, Jens Weidmann, a exprimé l'espoir que "des critères stricts soient appliqués (aux prêts) ELA".

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