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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

23/08/16 à 15:46 - Mise à jour à 15:45

KBC, Van Overtveldt... et la vaste hypocrisie des taux à 0%

C'est fait, la KBC a osé faire ce dont rêvent secrètement d'autres banques belges, lorsqu'elles ne le font pas déjà discrètement: la banque flamande a annoncé à ses clients, entreprises et institutions publiques, que leurs comptes d'épargne ne rapporteront plus rien à partir du 23 octobre prochain.

KBC, Van Overtveldt... et la vaste hypocrisie des taux à 0%

Johan Thijs, CEO de KBC. © Belga

Quand je dis plus rien, c'est bien 0%, au lieu de 0,11% comme c'est le cas aujourd'hui. KBC a d'ailleurs reconnu qu'elle avait envoyé depuis plusieurs jours des lettres à ses clients entreprises et institutions publiques pour leur annoncer ce changement. Attention: les particuliers ne sont pas concernés, précise la banque KBC. Ce qui n'a d'ailleurs pas plu au représentant des entreprises flamandes, le directeur de l'UNIZO, qui parle de discrimination: pourquoi les entreprises ne vont-elles plus rien recevoir pour leur compte d'épargne alors que les particuliers continuent à bénéficier du taux minimum légal de 0,11% ? Je peux lui donner la réponse, c'est simple: les entreprises ne votent pas, les particuliers oui.

De son côté, le ministre des Finances sait que la pression pour faire sauter le taux garanti de 0,11% pour les particuliers est en train d'augmenter. Le lobby bancaire essaie de faire sauter ce taux plancher depuis des mois. Raison pour laquelle Johan Van Overtveldt a indiqué qu'il avait sollicité des avis juridiques pour vérifier comment le taux minimum pouvait être garanti pour les comptes d'épargne des particuliers.

En fait, tout cela est une immense hypocrisie. Les journaux se sont braqués lundi sur la KBC, en oubliant de dire que d'autres banques belges ne rémunèrent plus, ou découragent via des pénalités, les dépôts des entreprises chez elles.

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D'autres banques vont emboîter le pas à la KBC. Ce n'est que le premier mouvement, celui du briseur de tabou

Pour le reste, la KBC pourrait bien se retrouver avec un problème de communication. Elle a annoncé en plein mois d'août ses chiffres pour le premier semestre. Johan Thys, son patron, a annoncé que le groupe allait très bien, qu'il était solide comme un roc et... très liquide. Il va même distribuer un dividende. Pourquoi dire cela, si c'est pour quelques semaines plus tard annoncer qu'on ne va plus rémunérer les comptes des entreprises et des institutions publiques ? La réponse doit sans doute être trouvée dans les comptes de KBC. Si le groupe se porte bien, les résultats nets pour la seule Belgique sont fortement en recul (- 32%). Ceci explique sans doute cela...

Comme les autres banques, la KBC souffre des taux d'intérêt bas qui rendent son métier difficile. C'est un secret de polichinelle, les banques belges devront encore réduire leurs coûts pour tenir compte de cette situation. Ma seule certitude, qui n'est même pas un pari, c'est que d'autres banques vont emboîter le pas à la KBC. Ce n'est que le premier mouvement, celui du briseur de tabou.

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