"Il n'y a pas de chiffres magiques en économie"

26/11/14 à 12:10 - Mise à jour à 14:19

Source: Trends-Tendances

Que penser de la chute du rendement des obligations de l'Etat belge qui passe sous la barre du pour cent ? L'avis d'Etienne de Callataÿ, économiste en chef à la Banque Degroof, qui relativise cette baisse de taux historique.

"Il n'y a pas de chiffres magiques en économie"

Étienne De Callataÿ © Reporters

Le taux belge à 10 ans est passé pour la première fois de son histoire sous la barre des 1 %. Economiste en chef à la Banque Degroof, Etienne de Callataÿ interprète avec prudence cette nouvelle baisse de taux.

Moins de 1 % pour les obligations de l'Etat belge (OLO), c'est du jamais vu.

Oui, mais il ne faut pas se focaliser sur les chiffres ronds. En économie, il n'y a pas de chiffres magiques ou de seuils spectaculaires. Pas plus qu'un taux de change de l'euro par rapport au dollar à 1,25 ou 1,30; ou un prix du baril de pétrole à 60, 80 ou 100 dollars; etc. Il n'y a pas de chiffre en dessous duquel tout est rose et au-dessus duquel tout est noir. Même le taux zéro n'est pas en soi un minimum absolu. Il est possible d'avoir des taux négatifs. C'est notamment la cas en Allemagne où l'Etat se finance à des taux négatifs à court terme.

Cette baisse de taux est malgré tout une bonne nouvelle pour le budget fédéral...

En soi, c'est effectivement une bonne nouvelle, mais pour de mauvaises raisons. C'est une bonne nouvelle pour tout qui emprunte, au premier rang desquels figure l'Etat, qui se finance moins cher. Et derrière l'Etat, c'est l'ensemble des citoyens que l'on retrouve. Mais c'est aussi le reflet in fine d'une économie européenne particulièrement mollassonne.

Est-ce une incitation directe à ne pas faire les réformes nécessaires ?

Le faible niveau actuel des taux d'intérêt partout en Europe, à l'exception de la Grèce, nous prive d'un signal quant à la nécessité de réformer nos économies. C'est un clignotant qui ne s'allume plus. En même temps, il faut voir que l'incidence budgétaire de cette nouvelle baisse des taux d'intérêt reste relativement limitée. Ce n'est pas en passant de 1,20 % ou 1,10 % à moins de 1 % de taux d'intérêt que le montant du déficit budgétaire va changer spectaculairement.

L'épargnant subit par contre lui de plein fouet ce que les spécialistes appellent le phénomène de "répression financière".

Effectivement, cette nouvelle baisse de taux n'est pas une tellement une bonne nouvelle pour l'épargnant prudent qui est victime de ce que Keynes appelait à une autre époque l'euthanasie des rentiers. De trois choses l'une pour cet épargnant prudent. Première possibilité : il peut épargner autrement en prenant plus de risque. Ce qui n'est pas nécessairement plus sage. Deuxième possibilité : il peut épargner moins. Ce qui n'est pas nécessairement sage non plus. Troisième possibilité : il peut épargner comme il le faisait auparavant. Ce qui est vraisemblablement le plus sage, mais pour le moins peu enthousiasmant.

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