Fortis : Le secteur bancaire belge est-il en déclin ?

25/03/13 à 12:29 - Mise à jour à 12:29

Source: Trends-Tendances

Peut-on encore faire carrière en banque ? Y a-t-il toujours des filières porteuses ? Les questions peuvent paraître brutales. Elles sont pourtant loin d'être absurdes à l'heure où la Banque BNP Paribas Fortis dévoile une mise à jour de ses objectifs stratégiques prévoyant d'ici 2015 une réduction de ses coûts de 300 millions d'euros, de ses effectifs de 1800 équivalents temps plein et du nombre de ses agences.

Fortis : Le secteur bancaire belge est-il en déclin ?

© Image Globe

Fermetures d'agences, dégraissages massifs, plans salariaux, réorganisations internes : les plans de restructuration se suivent et se ressemblent pour "nos" grandes banques.

Entamé à l'été 2011, ce mouvement de réduction de coûts a de bonnes chances de se poursuivre. C'est ce qui ressort en tout cas du dernier European Bank Barometer du consultant Ernst & Young, prenant tous les six mois le pouls auprès de 270 banquiers dans 11 pays européens, dont la Belgique. Il montre que "les banques belges entrevoient l'avenir avec pessimisme", commente Philippe Desombere, partner et responsable du département services financiers chez Ernst & Young. Aucun des banquiers belges sondés par le cabinet de conseils ne s'attend à une amélioration du climat économique national à court terme. Ils entrevoient par contre une augmentation des provisions pour pertes de crédit : 67 % d'entre eux prévoient une augmentation de ces provisions (et aucun une diminution), ce qui fait d'eux les plus pessimistes d'Europe. La moyenne européenne se situe à 47 %. Ce sentiment va de pair avec le nombre record de faillites atteint en 2012 et qui, selon Graydon, devrait suivre la même tendance en 2013. Avec comme conséquence que la moitié des institutions implantées chez nous estiment devoir encore tailler dans leurs effectifs aux cours du premier semestre 2013, signale encore le sondage d'Ernst & Young. Horreur !

Une tendance généralisée en Europe

Les plus optimistes se consoleront en tournant leurs regards vers l'étranger. En direction de la Suisse, par exemple, où UBS va remercier 10.000 personnes en trois ans. Du côté aussi de la place financière de Londres et de sa célèbre City. Laminée par la crise financière et celle de la dette de la zone euro, cette dernière ne compte plus que 237.000 emplois, son plus bas niveau depuis une vingtaine d'années. Quant au secteur financier britannique dans son ensemble, il a perdu plus de 100.000 emplois directs depuis 2007. Une étude de PricewaterhouseCoopers évalue d'ailleurs à 18.000 les pertes à venir au premier trimestre 2013, après les 25.000 postes déjà partis en fumée au cours du dernier trimestre 2012. Nombreuses sont les grandes banques britanniques à avoir annoncé, ces derniers mois, des plans particulièrement drastiques. HSBC souhaite se séparer de... 35.000 employés alors que Lloyd's veut licencier 15.000 salariés et que Barclays a décidé de supprimer 3.900 emplois.

Les victimes de ces dégraissages ont peu de chances de retrouver un emploi dans le même secteur. Le site de recrutement eFinancial Careers vient de mener l'enquête auprès des professionnels enregistrés auprès de la Financial Services Authority (FSA), l'organisme indépendant contrôlant le secteur financier britannique. Sur les 2.872 personnes bénéficiant de ce statut et ayant été licenciées entre janvier 2012 et février 2013, seules 807, soit 28 %, ont retrouvé un job similaire ailleurs.

L'emploi reste la variable d'ajustement

En définitive, la masse salariale apparaît plus que jamais comme la première variable d'ajustement pour une banque. La faute aux environnements économique et réglementaire qui ne sont pas favorables, affirment les banquiers. Les revenus sont sous pression, affirment-ils : les taux d'intérêt sont bas, la demande de crédit en baisse et l'épargne abondante. La majorité des banquiers belges s'attend à une diminution des demandes de cartes de crédit et des produits de placements personnels, note encore à ce propos le baromètre d'Ernst & Young.

D'un autre côté, les coûts augmentent. "Il ne faut pas négliger l'impact de l'implémentation des nouvelles réglementations sur l'organisation d'une banque ainsi que sur son fonctionnement et ses coûts, souligne Philippe De Sombere. Cela demande beaucoup de moyens humains et financiers." Par ailleurs, "les coûts salariaux sont trop élevés, glisse ce banquier. Les cadres et les employés de banque gagnent trop bien leur vie par rapport à ce qui se pratique ailleurs dans une PME." Bref, l'effet ciseau joue à plein. Pas d'autres choix, outre d'éventuelles hausses tarifaires, que de penser à la réduction des coûts. Cette dernière figure d'ailleurs au premier rang des préoccupations des banques belges pour les mois qui viennent. A six mois d'écart, soit depuis la précédente enquête d'Ernst & Young, la proportion de banques belges qui envisagent une réduction de l'emploi durant les six prochains mois est passée de 18 à 50 %.

Pas d'accord, rétorque Eric De Keuleneer, pour qui les banques doivent se contenter d'une rentabilité raisonnable et réduire leurs activités de marché trop risquées, qui consomment beaucoup de capital et servent de prétexte à des rémunérations et bonus anormaux, car coûteux et contre-productifs à long terme. "Les automatisations sont en partie heureuses. Mais pas toutes. En matière de crédits, les marges bénéficiaires ont beaucoup augmenté, mais les exigences des banques deviennent de plus en plus rigides à cause de l'utilisation excessive de modèles. Les banques doivent se concentrer sur leur rôle essentiel qui est de financer l'économie, c'est-à-dire de donner des conseils adaptés aux épargnants et faire de la sélection de crédit intelligente. Cela demande de la méthode et de l'expérience." Pas des machines. Et la professeur de conclure : "Les banques doivent se souvenir que les garanties explicites et implicites dont elles bénéficient à des coûts minimes sont des subsides de la part de la collectivité. Cela implique des devoirs vis-à-vis de cette dernière". Message entendu, pourrait-on ironiser : les banques continueront d'alléger leur personnel, mais sans licencier. C'est une heureuse différence avec la sidérurgie...

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