Évasion fiscale: scandale international chez Credit Suisse

27/02/14 à 14:41 - Mise à jour à 14:41

Source: Trends-Tendances

Washington accuse la grande banque suisse d'avoir aidé des milliers de clients américains à cacher leur argent en Suisse.

Évasion fiscale: scandale international chez Credit Suisse

© REUTERS

Pendant des années, les banquiers de Credit Suisse ont secrètement démarché des milliers de clients pour les aider à frauder le fisc aux États-Unis. C'est ce qu'affirme un rapport de la commission d'enquête du Sénat américain rendu public ce mardi. Le volumineux document (170 pages) dévoile comment la grande banque suisse a courtisé de manière illicite des milliers de particuliers fortunés sur le sol US pour les aider à dissimuler leurs avoirs en Suisse.

Menant la fronde, les sénateurs Carl Levin et John McCain ont accusé la deuxième plus grande banque helvétique d'avoir eu recours à des méthodes "ultra-secrètes" pour camoufler les comptes de plus de 22.000 ressortissants américains pour un montant total estimé entre 10 et 12 milliards de dollars.

Des pratiques "à la James Bond"

Parmi ces pratiques secrètes figurent l'envoi d'employés de la banque aux États-Unis pour y recruter des clients, notamment lors d'événements sponsorisés par la banque et de tournois de golf en Floride, la création d'un bureau à New York pour ces activités ou encore la mise en relation avec des "intermédiaires" capables de créer des sociétés offshore pour dissimuler l'origine des fonds.

Selon le rapport, la filiale du Credit Suisse logée à l'aéroport de Zurich a été particulièrement active avec les riches Américains : elle leur offrait un service complet sans qu'ils aient à quitter l'aéroport. Le témoignage d'un ancien client décrit enfin une occasion où un banquier du Credit Suisse s'était rendu aux États-Unis pour le rencontrer dans un hôtel de prestige et, au petit-déjeuner, comment celui-ci lui avait donné un relevé bancaire caché dans un magazine. Des méthodes qui rappellent celles révélées dernièrement par un ancien employé d'UBS en France, qui évoquait le fait que certains conseillers de la banque allaient jusqu'à jouer les "mules" par-delà les montagnes. Histoire de transporter eux-mêmes le cash en Suisse. Sac sur le dos, en empruntant des pistes de ski.

Secret de polichinelle Directeur de la structuration patrimoniale auprès de la banque privée Puilaetco Dewaay, François Parisis n'est nullement surpris par cette nouvelle grande affaire d'évasion fiscale, que la direction de Credit Suisse reconnaît et regrette profondément, rejetant la faute sur des employés. "C'est un secret de polichinelle que les banques suisses ont toujours démarché des clients étrangers, qu'ils soient américains ou européens d'ailleurs. Ce n'est que récemment qu'ils ont reçu des instructions de leur direction de ne plus mettre les pieds aux États-Unis, à cause des risques devenus trop grands. Ils font exactement la même chose avec les clients européens, alors qu'ils n'ont pas les autorisations pour ce faire", tance le juriste de Puilaetco. "Si les clients ont fait la file au guichet des banques offshore dans les années 80 et 90, il est ensuite devenu beaucoup plus difficile de séduire les clients dans les années 2000, vu les performances décevantes des marchés boursiers et l'attrait de l'immobilier durant cette période. Voilà pourquoi, il a fallu davantage démarcher les clients. "Toutes les banques suisses ont développé la même stratégie pour croître. Il serait surprenant que leurs directions n'aient pas été au courant dans la mesure où l'activité commerciale des banques privées est décrite et mesurée à l'aide d'outils informatiques."

Affaire UBS Selon François Parisis, l'affaire du Credit Suisse ressemble comme deux gouttes d'eau à celle d'UBS il y a quelques années. "Les banquiers suisses font aujourd'hui mine de rentrer dans les rangs. Penser qu'ils vont arrêter de vanter à leurs clients, prospects américains ou européens, les mérites de l'investissement au travers de structures étrangères (fondations, trusts, sociétés exotiques), n'est toutefois pas réaliste. C'est là que depuis quelques mois les autorités fiscales portent le fer", conclut le banquier belge.

Sébastien Buron

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