Dépréciée par le Brexit, la livre s'approche de la parité avec l'euro

01/09/17 à 06:53 - Mise à jour à 06:52

Source: Belga

La livre sterling a subi une lourde dépréciation depuis le référendum pour le Brexit, au point que des bureaux de change proposent désormais moins d'un euro par livre aux Britanniques en partance pour le continent.

Dépréciée par le Brexit, la livre s'approche de la parité avec l'euro

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Le jour du vote du 23 juin 2016, une livre valait 1,3072 euro sur le marché. Mais le choc provoqué par la décision des Britanniques de quitter l'UE - avec les incertitudes innombrables que cela implique - a ébranlé cette monnaie.

Les perspectives de croissance désormais plus réjouissantes en zone euro qu'au Royaume-Uni ont accentué ce mouvement ces derniers mois, au point qu'une livre ne vaut désormais plus qu'environ 1,0850 euro ce jeudi - un plongeon de 17% en 14 mois.

Et il s'agit du cours "central" en vigueur sur les marchés: en tenant compte de la marge des intermédiaires, certains agents de change offrent déjà moins d'un euro pour une livre. En ces derniers jours du mois d'août, de nombreux Britanniques en partance pour un séjour vers un pays de la zone euro en ont fait l'amère expérience.

"Une livre vous rapporte moins d'un euro à l'aéroport de Heathrow! C'est le taux de change le plus insensé que j'ai jamais vu! Merci au Brexit (et aux bureaux des aéroports)", s'est emporté l'utilisateur de Twitter Avi NiteGlow, une photo du tableau de conversion à l'appui indiquant 0,9494 euro pour une livre.

Il aurait pu être plus malchanceux que dans cet aéroport londonien: le bureau de change de l'aéroport de Southampton (sud de l'Angleterre) propose seulement 86 centimes d'euros pour une livre, d'après une étude du cabinet FairFx menée dans 16 aéroports britanniques pour la BBC et publiée jeudi.

Bien sûr, les taux proposés dans les aéroports sont rarement les plus intéressants et un Britannique qui retire de l'argent en euros à un distributeur automatique, muni d'une carte adossée à un compte en livres, reçoit encore un peu plus qu'un euro pour chaque livre.

Mais cela va-t-il durer? Depuis quelques semaines, les experts s'interrogent sur les chances de voir la livre tomber à parité avec l'euro - ce qui constituerait une première depuis le lancement de la monnaie unique européenne le 1er janvier 1999.

Les secousses liées au Brexit continuent en effet de déplaire aux cambistes, d'autant que les négociations entre Londres et Bruxelles avancent à un rythme d'escargot. La stabilité du pouvoir britannique est de surcroît sujette à caution depuis le revers de la Première ministre conservatrice Theresa May aux législatives de juin dernier.

"Au vu de l'incertitude du Brexit, je ne serais pas surpris que le taux de change atteigne 1,00" entre les deux monnaies, explique à l'AFP Fawad Razaqzada, analyste chez le courtier en ligne Forex.com.

Comme la plupart des analystes, M. Razaqzada reste prudent toutefois, constatant que la livre a aussi du potentiel pour rebondir un peu face à l'euro dans les mois à venir. "La Banque d'Angleterre pourrait être contrainte de relever son taux d'intérêt si l'inflation surprend en accélérant davantage ou si l'augmentation des salaires finit par rattraper le rythme de hausse des prix", explique-t-il. Afin de soutenir l'économie face aux turbulences attendues du Brexit, l'institut d'émission a abaissé en août 2016 son taux directeur au niveau historiquement bas de 0,25%, un facteur qui a contribué à déprécier la livre.

L'analyste ajoute que l'euro, de son côté, "pourrait chuter si la Banque centrale européenne refuse d'annoncer une réduction de son programme d'achats d'actifs dans les mois qui viennent, et même si elle le fait cette décision pourrait déjà être prise en compte" dans les taux de change d'ici là.

Au-delà de son aspect symbolique, l'éventuelle descente de la livre à parité avec l'euro aurait pour effet de comprimer un peu plus le portefeuille des ménages britanniques, dont le pouvoir d'achat souffre déjà du renchérissement des produits importés du continent - notamment dans l'alimentation.

L'économie britannique pourrait en revanche profiter de la faiblesse de la livre pour engranger davantage de recettes touristiques et pour rendre plus compétitive ses exportations

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