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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

26/09/16 à 15:03 - Mise à jour à 15:03

'Ce patron de banque est récompensé pour ses erreurs... et impossible à virer'

J'aurais pu démarrer cette séquence par "c'est l'histoire d'un mec..." comme aurait dit Coluche. Et c'est vrai, c'est l'histoire d'un patron de banque bien comme il faut, John Stumpf, âgé de 63 ans, dirigeant de la banque américaine Wells Fargo...

'Ce patron de banque est récompensé pour ses erreurs... et impossible à virer'

John Stumpf © Reuters

Ce nom ne vous dit sans doute rien car cette banque n'est pas connue de ce côté-ci de l'Atlantique. Pourtant, c'est la plus grande banque américaine encensée par tous les analystes et commentateurs. A l'inverse de ses concurrentes, elle ne s'était en effet pas lancée dans la commercialisation de produits financiers toxiques.

Elle a pu traverser la crise de 2008 quasiment sans égratignures. A tel point que Warren Buffet, investisseur avisé et deuxième homme le plus riche au monde, a pris une participation importante dans la Wells Fargo.

Le gros souci, c'est qu'on vient de découvrir que la belle image de cette banque est en quelque sorte bidon. On s'en est rendu compte quand le gendarme financier américain lui a infligé une amende de 185 millions de dollars.

Pourquoi ? Pendant des années, une partie des employés de cette banque américaine avaient ouvert illégalement des millions de comptes et de cartes de crédit à l'insu des clients. Leur but : atteindre les objectifs de cross-selling - cette technique qui consiste à motiver les employés pour qu'ils vendent un maximum de produits ou services bancaires - fixés par la direction.

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Ce qui est dingue avec ce genre de scandale, c'est que cela se passe souvent aux Etats-Unis, mais qu'à l'arrivée ce sont les banques européennes qui en pâtissent en termes d'image.

La méthode était radicale, car elle revenait au final à ouvrir 2 millions de comptes bidon, que ces employés mettaient à découvert pour percevoir des frais et autres commissions ! Bien entendu, plus de 5.000 employés ont été licenciés une fois que ce scandale a été découvert, mais ce qui choque le plus, c'est que le dirigeant de la banque est encore en poste.

Appelé à témoigner devant les sénateurs du Congrès américain, John Stumpf a dit qu'il était désolé et qu'il prenait l'entière responsabilité. Sauf qu'il a refusé de démissionner, une drôle de façon de prendre ses responsabilités surtout quand quasi 2% de votre staff a agi de la même manière pour gruger les clients. Ceci prouve que ce n'est pas une fraude isolée, mais le fait d'une mauvaise culture d'entreprise et un mauvais contrôle des risques. Le plus ironique dans cette histoire, c'est que ce PDG avait reçu un bonus en 2015 de 4 millions de dollars pour sa stratégie de contrôle des risques.

Au minimum, il devrait rembourser cette somme. Quant à être viré, il ne demanderait en fait pas mieux, car son package de départ prévoit qu'il partira avec la coquette somme de...195 millions de dollars. Ce qui est dingue avec ce genre de scandale, c'est que cela se passe souvent aux Etats-Unis, mais qu'à l'arrivée ce sont les banques européennes qui en pâtissent en termes d'image.

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