'Ce n'est pas un hasard si le billet de 500 est si populaire dans les milieux criminels...'

18/02/16 à 14:13 - Mise à jour à 14:11

Source: Trends-Tendances

La suppression du billet de 500 euros est à l'ordre du jour. Le professeur en économie Leo Van Hove (VUB) avait déjà averti, dès 1996, avec Jef Vuchelen, que la Banque Centrale Européenne (BCE) allait surtout servir l'économie parallèle avec ce billet.

'Ce n'est pas un hasard si le billet de 500 est si populaire dans les milieux criminels...'

© Belga

Van Hove plaidait alors pour que le billet de 50 euros soit la plus grande coupure. Depuis lors, 965 millions de billets de 500 euros ont été imprimés, dont 614 millions sont encore en circulation, soit 306,8 milliards d'euros. Un bon 28% de la valeur totale des billets d'euros...

Quels sont les avantages des coupures d'une aussi haute valeur ?

Van Hove: Pour la BCE ? Pour une demande donnée, elle doit imprimer un plus petit nombre de billets. Elle obtient le même revenu avec des coûts de production plus faibles et crée donc un bénéfice plus important pour elle-même et pour les banques centrales nationales. Mon point de vue a toujours été qu'une banque centrale n'a pas le droit de penser strictement à la maximisation du profit. Elle doit accorder une grande valeur à la responsabilité sociétale. Comme largement documentés, les gros billets sont extrêmement pratiques pour les paiements ou transferts d'argent dans les milieux criminels, ainsi que pour les paiements de biens et services qui visent à rester sous le radar du fisc.

Plus de 40% des billets de 500 euros ont été imprimés entre 2009 et 2011.

Van Hove:Pas mal de gens avaient perdu confiance dans les banques. Ils accumulaient une partie de leurs avoirs à la maison. D'où la plus grande demande pour des billets de 500 euros. Les banques centrales y ont simplement répondu.

Si le billet de 500 euros venait à être supprimé dans un avenir proche, il le serait à un moment où les intérêts négatifs sur l'épargne ne sont plus inconcevables. Est-ce une préparation ?

Je doute que la BCE soit tellement enthousiaste en ce qui concerne les taux d'intérêt négatifs pour les particuliers. Cela instaurerait une logique de consommation avec laquelle les décideurs politiques n'ont pas d'expérience réelle.

Comment retire-t-on ces billets du marché?

Van Hove:Comme je le comprends, la décision est entièrement entre les mains de la BCE. Dans un scénario 'conservateur/prudent', celle-ci pourrait décider de ne plus mettre de nouveaux billets en circulation et de conserver les billets existants à mesure qu'ils reviennent auprès des banques centrales nationales. Cela prendrait des années. Il serait plus rapide d'effectuer le retrait dans les banques commerciales et les sociétés de fonds en transit. Un scénario encore plus rapide serait de décréter que les billets de 500 euros n'auront plus cours légal à partir d'une certaine date. Cela revient donc au rappel des billets. Mais même dans ce cas, la BCE devrait respecter un délai, certainement parce qu'il y a des billets en circulation en dehors de la zone euro.

Une suppression pourrait affaiblir l'euro...

Van Hove:C'est vrai. Les détenteurs pourraient par exemple passer à des billets suisses. Je ne surestimerais cependant pas cet effet. Ces 306,8 milliards sont une belle somme, mais pas vis-à-vis d'une mesure de la masse monétaire totale comme le M3 (10.838 milliards en décembre, NDLR).

Les fraudeurs fiscaux, les criminels et les terroristes chercheront d'autres moyens de paiement. Les bitcoins ? Les cartes de crédit prépayées ? L'or ? Les diamants ?

Van Hove:En premier lieu, ils choisiront simplement d'autres billets en raison de la large acceptation et du faible poids. Le billet de 200 euros, par exemple - à mes yeux, la BCE devrait également les supprimer - ou des coupures d'autres monnaies. Les autres alternatives ont des inconvénients. Les bitcoins n'ont pas une valeur certaine et ont actuellement une acceptation limitée. Contrôler la quantité d'argent sur une carte de crédit prépayée ne va pas de soi et les paiements effectués par ce biais laissent des traces. L'or est lourd et l'authenticité et la valeur des diamants sont difficiles à estimer. Ce n'est pas un hasard si les billets de 500 euros sont si populaires...

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