Bonus chez Dexia : le jeu étrange du politique ?

07/04/11 à 13:49 - Mise à jour à 13:49

Source: Trends-Tendances

Le CEO de Dexia, banque aidée par l'Etat belge, a touché 600.000 euros de bonus au titre de 2010. "Indécent", s'énerve le Setca, qui relève que les mêmes partis politiques qui sont représentés au conseil d'administration du groupe franco-belge s'opposent, au Parlement, aux bonus excessifs...

Bonus chez Dexia : le jeu étrange du politique ?

© Reuters

Tout repose peut-être, en l'occurrence, sur la notion d'"excès"... La rémunération globale 2010 de Pierre Mariani, CEO de Dexia, s'élève au maximum à 1,8 million d'euros, dont 600.000 euros de rémunération variable en baisse de 200.000 euros par rapport à 2009, indique le rapport annuel publié mercredi par le groupe franco-belge.

"Le conseil d'administration a décidé de réduire la rémunération variable dépendant de la performance des membres du comité de direction afin de réduire la potentielle incitation à la prise excessive de risque, précise le rapport annuel du groupe. En conséquence, le conseil a décidé d'octroyer une prime de fonction, non affectée par la performance, versée trimestriellement aux membres du comité de direction."

Dexia rappelle également que la rémunération variable est liée "à la réalisation du plan de restructuration approuvé par l'Union européenne qui vise, d'une part, à réduire le profil de risque de la banque et, d'autre part, à faire table rase de l'héritage du passé".

En outre, les rémunérations variables des membres du comité de direction - que préside le Français - sont échelonnées à hauteur de 70 % sur quatre ans, soit une année de plus qu'en 2010. Dexia rappelle enfin que, comme en 2009 et 2010, aucune action ni option sur action ne sera octroyée en 2011.

Bonus accordé au patron de Dexia : "Indécent !", s'indigne le Setca

Le Setca a fait part de sa colère, mercredi, face au bonus accordé au patron de Dexia : "C'est absolument indécent et hors de toutes les normes !, a commenté Miranda Ulens, représentante du syndicat socialiste. Ce montant a été approuvé par le conseil d'administration de Dexia, au sein duquel siègent de nombreux politiciens dont les partis s'opposent, au Parlement, aux bonus excessifs."

Le conseil d'administration de Dexia, présidé par Jean-Luc Dehaene (CD&V), compte notamment dans ses rangs Serge Kubla (MR) et Francis Vermeiren (Open VLD). Mais aussi Francine Swiggers et Marc Tinant, représentants d'Arco (actionnaire de Dexia à hauteur de 13,7 %), holding proche du MOC (Mouvement ouvrier chrétien), soit le monde social chrétien que représente aussi Dehaene.

Signalons aussi, parmi les administrateurs belges, Bernard Thiry (patron d'Ethias et ancien président de l'Union des mutualités socialistes), Koen Van Loo (administrateur délégué de la Société fédérale de participations et d'investissement, ex-chef de cabinet du ministre des Finances). Bref, on retrouve, dans la part belge du conseil d'administration de Dexia, le CD&V en force, ainsi que le MR, l'Open VLD et la galaxie socialiste.

Fin mars, la Chambre votait pourtant l'urgence pour une proposition de résolution demandant au gouvernement fédéral, par le biais de ses représentants à l'assemblée générale et au conseil d'administration des établissements financiers aidés par le pouvoir fédéral - parmi lesquels Dexia - d'insister pour qu'il ne soit pas accordé de bonus excessifs aux administrateurs exécutifs et aux top managers tant que l'aide publique n'a pas été entièrement remboursée.

Le Parlement flamand avait déjà voté une résolution sur le sujet. A l'initiative du socialiste Bruno Tuybens, un texte similaire a été déposé à la Chambre. Il est contresigné par tous les partis (à l'exception du VB).

"Visiblement, les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres..."

"Le projet de loi relatif à l'accord interprofessionnel sera sans doute abordé jeudi au Parlement, ajoute Miranda Ulens. Il prévoit une hausse salariale maximale de 0,3 %, soit une centaine d'euros par travailleur. Visiblement, les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres, de plus en plus pauvres..."

Dans ce contexte, le syndicat socialiste n'entend pas lâcher l'affaire : "Nous avons déjà discuté de ces bonus en conseil d'entreprise. Jeudi, nous distribuerons des tracts devant la banque et nous voulons porter le débat au niveau sectoriel."

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