Banques italiennes: des sauvetages coûteux au nom de la stabilité

26/06/17 à 10:09 - Mise à jour à 15:03

Source: Afp

Le sauvetage de deux banques vénitiennes, en plus de celui de la Siennoise BMPS, se révèlera coûteux pour les contribuables italiens, mais devrait permettre d'améliorer un peu plus la stabilité du système bancaire, qui inquiète depuis des années les marchés.

Banques italiennes: des sauvetages coûteux au nom de la stabilité

© Reuters

Le gouvernement italien s'est engagé dimanche à verser jusqu'à 17 milliards d'euros pour sauver les activités saines et éponger les créances douteuses de Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca, deux banques régionales qui représentaient une menace pour le système financier de l'Italie.

Les deux établissements seront liquidés, mais leurs actifs sains repris par Intesa Sanpaolo, la plus grande banque et la plus stable du pays, permettant d'éviter des licenciements secs et de protéger les déposants.

L'opération est "un happy end pour les banques italiennes car elle supprime le risque systémique", ont estimé les analystes de Credit Suisse.

Sans intervention de l'Etat, il y avait un "risque d'effet domino", a affirmé le président d'Intesa Sanpaolo, Gian Maria Gros-Pietro : la "défaillance" des deux établissements aurait entraîné "une intervention immédiate du fonds" de règlement interbancaire, alimenté au prorata par toutes les banques italiennes, "pour un montant estimé de 12-13 milliards d'euros", ce qui "aurait probablement mis en difficulté un certain nombre de banques".

Equivalent à 1% du PIB

Mais l'opération se révèlera "coûteuse pour les contribuables", avertit Franco Quillico, professeur de finances à l'école de commerce de Polytechnique à Milan, interrogé par l'AFP.

Si le montant débloqué par l'Etat va jusqu'à 17 milliards, "cela représentera 1% du PIB italien !", note Lorenzo Codogno, chef économiste de LC Macro Advisors.

Et ce, alors même que le système bancaire italien, en particulier Intesa et UniCredit, avaient déjà "mis 3,5 milliards dans ces deux banques", rappelle M. Quillico.

Selon lui, la solution est toutefois positive pour le système bancaire, en particulier pour Intesa qui a signé un bon accord. Pour le pays dans son ensemble, en revanche, le résultat est "plus mitigé", même si l'objectif est de sauver des banques ayant un "rôle stratégique dans une région riche", la Vénitie, qui connaît le plus fort taux de croissance en Italie.

L'Etat avait débloqué 20 milliards d'euros fin 2016 pour aider les banques. Huit à neuf milliards, explique M. Codogno, devraient être utilisés pour recapitaliser la BMPS, le maillon faible du système qui avait concentré les regards l'an passé et sera nationalisé dans les prochaines semaines. Pour les banques vénitiennes, cinq milliards viendront aussi de cette enveloppe, mais Rome a promis de travailler au maximum pour récupérer ce montant à partir du stock de créances douteuses.

'Pas significatif'

D'après M. Codogno, l'opération sur les banques vénitiennes "préserve la stabilité financière" et constitue "un pas significatif vers le règlement des problèmes".

Mais "la morale de cette histoire est que plus on attend pour résoudre des problèmes bancaires, pire la situation devient", cet ancien directeur général au ministère des Finances : "on aurait dû s'attaquer au problème général il y a bien longtemps et les responsabilités sont également partagées entre Rome, Bruxelles et Francfort".

L'Italie a pris conscience du défi et s'est attaquée ces deux dernières années tant à l'éclatement du système bancaire -700 établissements différents- qu'à la question des créances douteuses, qui s'élèvent à 350 milliards d'euros. Ces prêts, qui ont peu de chances d'être remboursés, représentent un facteur de fragilité pour les banques et un frein à la croissance économique, les établissements financiers étant extrêmement réticents à accorder de nouveaux prêts.

Des signes de redressement sont apparus ces derniers mois, avec la fusion entre Banco Popolare et BPM ou l'importante restructuration effectuée par UniCredit.

Mais des dossiers restent encore sur la table, comme celui de la BMPS, qui négocie encore avec Bruxelles, souligne M. Quillico. Des banques de taille bien moindre suscitent aussi quelques inquiétudes, tandis que la faiblesse de la croissance économique fragilise les entreprises et par effet domino les banques elles-mêmes, via les crédits.

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