Patrick Claerhout
Patrick Claerhout
Journaliste chez Trends
Opinion

16/03/16 à 18:50 - Mise à jour à 19:29

Affaire Fortis: 'Le beau timing d'Ageas'

La vente d'une filiale à Hong Kong suffit à Ageas pour indemniser les actionnaires dupés de Fortis et pour passer l'éponge sur le passé. Mais cela est-il valable pour tout le monde, se demande Patrick Claerhout, spécialiste en banques et assurances du magazine Trends.

Affaire Fortis: 'Le beau timing d'Ageas'

© Belga

Ageas prévoit un règlement transactionnel pour toutes les procédures civiles intentées suite à l'effondrement de Fortis en 2007 et 2008. Cette transaction coûte 1,2 milliard d'euros à l'héritier de Fortis. Selon certains analystes, c'est un montant élevé. Ils n'avaient pas envisagé que le nettoyage juridique de l'ex-Fortis coûterait autant d'argent au groupe d'assurance.

Les actionnaires de l'ex-Fortis en penseront indubitablement tout autre chose. Selon la fédération néerlandaise d'investisseurs VEB, à peine 10 à 15% des dommages subis seraient compensés. En outre, Ageas va même recevoir 1,2 milliard d'euros sur son compte bancaire dans les prochains mois. Cet argent provient de la vente des activités à Hong Kong qui n'étaient plus stratégiques. Cette somme suffit apparemment pour passer l'éponge sur tous les soucis du passé.

C'est en partie pour cette raison que le règlement transactionnel n'empêche pas le développement futur du groupe d'assurance. Ageas sait que beaucoup d'actionnaires de l'ex-Fortis ont conservé au minimum un paquet d'actions Ageas. Ils n'ont pas intérêt à ce que l'assureur se tire une balle dans le pied. Après le paiement de la transaction, Ageas aura encore un trésor de guerre d'au moins un milliard et demi d'euros. L'investissement dans de nouvelles activités, l'élargissement du marché, la réalisation d'acquisitions, la distribution de dividendes... rien de tout cela n'est compromis.

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Ageas aura beau assurer que la transaction n'est pas un aveu de culpabilité, pour beaucoup d'investisseurs, cela y ressemble

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le règlement transactionnel témoigne d'un timing bien étudié. Juridiquement aussi, le vent semblait avoir tourné ces derniers mois. Il y a encore un an, un tribunal d'Amsterdam avait ouvert la voie à une série de demandes d'indemnisation, par son jugement en faveur des investisseurs dupés de FortisEffect. Ageas a minimisé ce jugement et a mis à peine 130 millions d'euros de provision de côté. Il y a quelques semaines, un important jugement est ensuite tombé en faveur du groupe d'assurances. Le holding Patrinvest n'a pas obtenu gain de cause devant le tribunal belge.

Avec suffisamment d'argent en caisse et le vent dans le dos, Ageas a estimé que le moment était venu. En 2016, l'héritage Fortis menaçait en effet de jeter une ombre sur le développement opérationnel de l'assureur. Dans la plupart des procédures civiles, les plaidoyers étaient sur le point de commencer, et dans l'affaire pénale, il allait bientôt y avoir de la clarté sur qui devrait comparaître: uniquement les anciennes personnes à la tête de Fortis ou d'Ageas également ?

Ageas met maintenant fin à toute incertitude au sujet des conséquences financières de ces procédures devant les tribunaux. Les parties qui ne prendront pas part au deal feront face à une montagne. Si elles poursuivent leur bataille juridique, elles le feront en sachant que cela peut encore durer de nombreuses années avant qu'elles sachent si elles auront une perspective d'indemnisation plus élevée.

Pourtant, le fait que certaines parties iront plus loin semble évident. Le déclin de Fortis a causé beaucoup de souffrances. La communication était à certains moments pour le moins discutable et il ne serait pas mauvais que chaque pierre dans ce pénible dossier soit retournée deux fois. Ageas aura beau insister sur le fait que la transaction ne comporte aucun aveu de culpabilité, pour beaucoup d'investisseurs, cela y ressemble tout de même beaucoup.

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