Frédéric Van Vlodorp
Frédéric Van Vlodorp
Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Frédéric Van Vlodorp, rédacteur en chef de Trends-Tendances.
Opinion

12/12/11 à 10:39 - Mise à jour à 10:39

Après le casting, action !

Elio Di Rupo représentera la Belgique cette fin de semaine au Conseil européen. Il n'aura pas fallu attendre longtemps entre sa prestation de serment et son entrée sur la scène internationale, drapé de ses nouveaux atours de Premier ministre belge...

Après le casting, action !

Elio Di Rupo représentera la Belgique cette fin de semaine au Conseil européen. Il n'aura pas fallu attendre longtemps entre sa prestation de serment et son entrée sur la scène internationale, drapé de ses nouveaux atours de Premier ministre belge. Mercredi déjà, sauf modification d'agenda, il aura humé l'air européen en rencontrant le commissaire Olli Rehn, en charge des affaires économiques. Il est vrai que l'autorité de l'Union était impatiente de mieux connaître les mesures prises par le nouveau gouvernement belge. Avec la particularité que le budget a été concocté avant la formation du gouvernement. Des accouchements longs et difficiles dans les deux cas.

Les épargnants belges (270.000 !) ont fait montre d'une tout autre célérité en achetant en l'espace de deux semaines des bons d'Etat pour une somme record de 5,7 milliards d'euros. Avec en prime, sans frais supplémentaires, un message positif vers les marchés financiers et les agences de notation.

Cette marque de confiance bienvenue contraste avec les deux récentes manifestations organisées vendredi dernier à Bruxelles et mercredi à Liège. Voilà quelques dizaines de milliers de personnes qui ne témoignent pas véritablement du même enthousiasme à l'égard des mesures fédérales. Quel courant représentent-elles ? Un mouvement en tout cas puissant, appuyé par les différents syndicats.

Néanmoins, pour une fois, un vent contraire a osé souffler. Il y a effectivement travailleurs et travailleurs : tous ceux que les syndicats disent représenter ne se retrouvent pas nécessairement dans leurs revendications. A titre d'exemple, ils sont plus de 50.000 à avoir manifesté - certes virtuellement - à l'initiative de l'UNIZO qui représente les indépendants flamands, lors de l'action Ik staak niet menée en réaction à la manifestation bruxelloise. La FEB et l'UCM avaient quant à elles aussi formulé des mots très durs à l'égard des syndicats. C'est dire si le dialogue et la concertation sociale, déjà en perte de vitesse ces dernières années, ont encore pris du plomb dans l'aile.

En fait, la question mérite également d'être posée en regard de la relation entre le monde politique et les acteurs syndicaux. Ces derniers avaient déjà formulé un niet catégorique envers la note Di Rupo en juillet. La version finale n'a pas davantage satisfait les syndicats, même si le rassemblement bruxellois était prévu de longue date.

Les hasards du calendrier ont, en quelque sorte, érigé les syndicats en valet noir, le fameux zwarte piet dont personne ne veut. En effet, globalement, tout le monde est soulagé par la fin de la crise politique et la confection d'un budget. Soulagés, même si pas nécessairement heureux, surtout que se dégage une désagréable impression -les "bonnes" nouvelles communiquées par les partis occultent des mesures nettement plus douloureuses qui sortent jour après jour. On s'étonnera d'ailleurs que la note définitive du budget ait été gardée secrète si longtemps.

Bref, il est peu probable qu'Elio Di Rupo profite d'un état de grâce. Avec des menaces venant de l'étranger, des prévisions conjoncturelles inquiétantes, une opposition N-VA gonflée par les sondages ou encore quelques bombes à retardement, ce bon nageur se trouve face à des contre-courants agités. Délicat, surtout pour l'homme fort d'un Parti Socialiste à nouveau secoué par plusieurs affaires judiciaires à 10 mois des élections communales.

La marge de manoeuvre est étroite face à des défis colossaux dont le Premier ministre ne peut maîtriser l'ensemble des paramètres. Il sera donc très attentif aux décisions prises par l'Europe en cette fin de semaine. De plus, alors que la durée d'une législature s'élève à quatre ans, le gouvernement ne dispose plus que de deux ans et demi pour accomplir son programme. Dans quelle mesure résistera-t-il face aux adversaires ? Ecoutera-t-il la voix bruyante de la rue, au risque de freiner une action attendue depuis 2009 ?

Le monde économique n'a en tout cas pas envie de patienter et formule un voeu cher à l'égard des dirigeants tant belges qu'européens : "Action !"

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