Pourquoi la nomination de Van Rompuy aide la France à placer ses pions
lundi 23 novembre 2009 à 07h11

Pourquoi la nomination de Van Rompuy aide la France à placer ses pions
Pour une fois, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont sur la même longueur d'onde. Jusqu'à présent, dans le grand marchandage du remaniement des postes européens, ils ont obtenu ce qu'ils voulaient. La nomination de notre premier ministre Herman Van Rompuy comme premier président du Conseil européen et de la britannique Catherine Ashton au poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères rentre parfaitement dans leurs plans.
Herman Van Rompuy est un homme réputé compétent mais surtout peu connu en Europe et discret, qui ne fera "d'ombre à personne" analyse le leader centriste français François Bayrou. Et c'est exactement ce que recherchaient Paris et Berlin. En d'autres mots, quelqu'un qui ne soit pas Tony Blair. C'est aussi, au passage, ce que souhaitait le Président de la Commission Manuel Barroso, qui craignait lui aussi d'être marginalisé par une personnalité d'envergure. La nomination de Catherine Ashton au poste des Affaires étrangères tombe aussi à pic. A peine connue, y compris dans son propre pays, Berlin et Paris lui trouvent la même qualité que Van Rompuy : la discrétion
Comme le résume un Daniel Cohn-Bendit amer : "après avoir nommé un président faible de la Commission européenne, les chefs d'Etat ont désormais nommé un président du Conseil fade et une Haute représentante insignifiante". La désignation de Van Rompuy "ainsi que celle d'une personne sans expérience diplomatique aux affaires étrangères, arrangent Nicolas Sarkozy, Angela Merkel ou Gordon Brown, qui vont pouvoir continuer à donner le ton en Europe", renchérit un haut fonctionnaire européen.
Mais surtout, la nomination d'une Britannique à la diplomatie européenne est aussi une bonne nouvelle pour la France et l'Allemagne car elle retire la Grande Bretagne de la course pour les grands portefeuilles économiques. C'est à dire ceux où la Commission a le plus de compétences et d'influence à l'échelle internationale. Il s'agit notamment du Commerce, de la Concurrence et du Marché intérieur.
L'Allemagne pourrait s'intéresser au Commerce, mais aussi à l'Energie ou encore à l'Industrie, afin de protéger l'industrie allemande de l'assaut de Bruxelles. La France lorgne, elle, sur le marché intérieur pour son candidat, Michel Barnier, à condition que M. Barroso n'en retire pas les marchés financiers.
Jusqu'ici, les Britanniques, qui abritent la City, étaient réticents à laisser la France avoir la haute main sur les services financiers, qui font partie du Marché intérieur, vu les velléités régulatrices de Sarkozy. Ils étaient beaucoup plus tranquilles avec le très libéral irlandais Charlie McCreevy, qui occupait ces fonctions à Bruxelles ces cinq dernières années. Mais avec Ashton à la tête de la diplomatie, la donne change : en échange du soutien apporté à la candidature de la Britannique, Sarkozy doit recevoir l'appui de Londres pour le Marché Intérieur. Selon le Monde, la place de l'eurodéputé français y serait officieusement d'ores et déjà garantie.
Laura Raim - [L'Expansion.com]
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