Irak, le vrai coût de la guerre : 6.000 milliards de dollars
jeudi 20 mars 2008 à 10h27

Irak, le vrai coût de la guerre : 6.000 milliards de dollars
Ce 20 mars 2008, cela fait cinq ans que les Etats-Unis ont envahi l'Irak. Le coût de cette invasion a été estimé à 3.000 milliards de dollars par Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie. C'est énorme mais, a priori, un Nobel sait compter : il n'y a pas de raison de ne pas le croire. Attention, cependant. Même si ce chiffre est gigantesque, il n'est qu'une estimation de basse ampleur.
En effet, il faut encore ajouter les 3.000 autres milliards de dollars supportés par le reste du monde. C'est donc nettement plus que ce que l'équipe de George W. Bush avait anticipé. Je rappelle que la Maison-Blanche avait estimé le coût de cette invasion à 50 milliards de dollars. On en est loin évidemment... Ce montant ne représente plus que trois mois d'occupation en Irak !
Selon Joseph Stiglitz, auteur avec Linda Bilmes (professeur à Harvard) d'un livre intitulé La guerre à trois mille milliards de dollars, les dépenses américaines consacrées à la guerre en Irak s'élèvent à plus de 12,5 milliards par mois en 2008. Avec l'Afghanistan, ce total atteint 16 milliards mensuels, soit le budget annuel de l'ONU.
Le problème, comme le fait remarquer Joseph Stiglitz, c'est que ce montant est financé par l'emprunt. Or, c'est la première fois, dit-il, que les Etats-Unis ne financent pas une guerre par l'impôt sur les citoyens. Les générations futures paieront donc pour une invasion décidée par leurs aînés.
Le fardeau sera d'autant plus lourd à porter que les Etats-Unis devront fournir des pensions d'invalidité à environ 40 % des 1,65 million de soldats déjà déployés. Comme dans toute guerre, le nombre de blessés et donc d'invalides est supérieur au nombre de morts. En l'occurrence, la guerre en Irak aura provoqué 15 fois plus de blessés que de morts... uniquement du côté américain ! On ne parle donc pas des Irakiens décédés ou déplacés de leur pays.
Evidemment, au moment de commémorer, les cinq années d'invasion en Irak, venir parler d'argent peut paraître déplacé. En fait, Joseph Stiglitz veut démontrer deux choses. La première, c'est qu'avec tout cet argent, les Etats-Unis auraient pu résoudre une grosse partie de leurs problèmes de sécurité sociale. Un sixième de cette somme aurait même suffi.
La seconde, c'est que, cinq ans après cette mauvaise décision, la Maison-Blanche se retrouve en mauvaise posture pour affronter l'actuelle crise financière. Une crise qui n'en finit pas de provoquer des remous à Wall Street, au point que des banques prestigieuses ont perdu 80 % de leur valeur en quelques jours. Or, lorsque Wall Street éternue, ce sont les Bourses européennes qui se mouchent...
L'autre dossier explosif de l'Irak, c'est le pétrole. Le pays détient, selon les analyses, les 2e ou 3e réserves d'or noir du monde. Elles équivaudraient à la moitié des gisements officiellement recensés de l'Arabie Saoudite. Un trésor largement sous-exploité : selon les chiffres mentionnés par le quotidien suisse Le Temps, la production irakienne est passée de 1 à 4 % du total mondial entre 1945 et 1975. Durant ces mêmes 30 années, l'Arabie Saoudite a grimpé de 1 à 13 % de la production mondiale...
La guerre menée par les Etats-Unis, et l'insécurité qui en a résulté, ont «ruiné la base pétrolière du pays», écrit ainsi Pierre Veya dans Le Temps : «Et, surtout, le pays n'a toujours pas de cadre juridique. La loi pétrolière, qui fixe les conditions d'exploitation et la répartition de la manne, est bloquée.»
D'un côté : les Kurdes, qui ont mis la main sur le grand centre pétrolier de Kirkouk et ont conclu «des contrats avec plusieurs sociétés pétrolières que le gouvernement central juge illégaux». De l'autre : les Sunnites, «qui contrôlaient sous Saddam Hussein les champs de pétrole et de gaz» et sont seuls à se trouver dénués de tout territoire pétrolifère.
On comprend pourquoi l'inquiétude est de mise. Et aussi pourquoi les espoirs de certains experts, qui voyaient l'Irak produire autant de pétrole que l'Arabie Saoudite en 2020, doivent être plus que certainement abandonnés.
Pourtant, il y a urgence. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la Chine et l'Inde atteindront leur soif maximale de pétrole d'ici 10 à 15 ans. Conclusion de Fatih Birol, directeur des études économiques de l'AIE (cité par Le Monde) : «Si la production n'augmente pas en Irak de manière exponentielle d'ici à 2015, nous avons un très gros problème. Et ce, même si l'Arabie Saoudite respecte ses engagement.»
La question irakienne est d'autant plus cruciale que ce pays est le seul capable d'augmenter «de manière exponentielle» sa production dans un délai aussi court. Cela explique, si besoin en était, la ruée des compagnies pétrolières à Bagdad.
Le timing sera cependant ardu à tenir. Car si le «pic pétrolier», prévu pour 2050, intervient plus tôt, ainsi que le craignent certains observateurs, cela provoquerait une crise mondiale inédite. «L'éviter va devenir l'obsession de la prochaine décennie», conclut le journaliste du Temps.
Amid Faljaoui
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