Hausse des taux de la BCE: Sarkozy seul contre tous
mardi 08 juillet 2008 à 14h07

Hausse des taux de la BCE: Sarkozy seul contre tous
Nicolas Sarkozy entame son semestre à la présidence de l'Union européenne de la plus mauvaise manière, en se dressant contre la politique menée par la Banque centrale européenne. Même les plus sceptiques de ses partenaires européens se sont rangés derrière Jean-Claude Trichet.
"J'ai été de ceux qui ont voté l'indépendance de la Banque centrale européenne et je ne le regrette pas. J'ai été de ceux qui ont voté la création de l'euro et je ne le regrette pas", avait déclaré samedi Nicolas Sarkozy. "Les autorités monétaires ont fait un travail remarquable pour mettre en place l'euro. Mais quand même, sans remettre à bas tout ce à quoi je crois, je suis légitime, en tant que président de la République française, de me demander s'il est raisonnable de porter les taux européens à 4,25%, alors que les Américains ont des taux à 2%. (...) Doit-on subir en plus un dumping monétaire qui met à genoux les entreprises européennes qui veulent continuer à exporter? Cette question doit être posée de manière respectueuse et démocratique."
Nicolas Sarkozy réagissait ainsi au relèvement des taux d'intérêt décidé jeudi dernier par la Banque centrale européenne afin de lutter contre l'inflation galopante. Le principal d'entre eux, le taux directeur, est passé de 4% à 4,25%, faisant craindre le pire aux Etats les plus touchés par le ralentissement économique (France, Espagne, Irlande). La hausse des taux avait été largement pronostiquée par les observateurs de tous horizons, les pontes de la BCE ayant mis ce petit monde au parfum depuis plusieurs semaines. Du coup, de nombreuses réactions avaient éclos dès avant la réunion de jeudi.
Nicolas Sarkozy avait souhaité que la BCE "se pose la question de la croissance économique en Europe et pas simplement de l'inflation". Jose-Luis Zapatero, le Premier ministre espagnol, avait également demandé plus de "flexibilité" dans la politique anti-inflationniste de l'institution de Francfort. Ils avaient même été rejoints par le ministre des Finances allemand, Peer Steinbrück, ce qui constitue un fait plutôt rare, les Allemands étant de très grands défenseurs de l'indépendance de la Banque centrale.
Mais aujourd'hui, quelques jours après que la BCE ait décidé le relèvement des taux, Nicolas Sarkozy reste le seul à crier au loup. Jean-Claude Trichet, le gouverneur (français) de l'institution de Francfort, lui a d'ailleurs répondu fermement. "J'ai dit que nous avions un mandat qui nous a été donné par les démocraties européennes, et que ce mandat est la stabilité des prix. (...) La stabilité des prix reste le souci numéro un de nos concitoyens." Quant aux allusions sur le ralentissement de la croissance, ainsi que la comparaison avec les Etats-Unis: "La stabilité des prix est une condition nécessaire de la croissance et de la création d'emplois durables. (...) Nous avons créé au cours des neuf premières années d'existence de l'euro 15,7 millions d'emplois, ce qui est beaucoup plus qu'auparavant, et un peu plus qu'aux Etats-Unis".
L'Allemand Peer Steinbrück est quelque peu revenu sur ses déclarations, témoignant, dans une interview au Financial Times, de son plus grand respect pour la Banque centrale européenne et pour sa décision, "une mesure adéquate pour lutter contre l'inflation". Il a par ailleurs évoqué une mauvaise interprétation de ses propos, démentant que l'Allemagne s'alignât sur les positions de Nicolas Sarkozy. Toutefois, le ministre allemand des Finances reconnaît, selon le quotidien britannique, que "augmenter les taux dans une période de ralentissement économique présente une certaine ambivalence".
Côté espagnol, Pedro Solbes, le ministre des Finances affirme respecter la décision de la BCE, mais attend de voir sur les marchés "si cette décision était bonne ou non". Même l'Italien Silvio Berlusconi, traditionnel pourfendeur des politiques européennes et protectionniste avéré, s'est rangé derrière Jean-Claude Trichet. Il a déclaré au sommet japonais du G8: "Aujourd'hui, le plus important est de lutter contre l'inflation. Je pense donc qu'en ce moment, la décision de la BCE est la bonne".
Nicolas Sarkozy continuera-t-il à prêcher dans le désert?
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