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lundi 13 février 2012

Crise politique : quelle Belgique Leterme laissera-t-il aux générations futures ?

mercredi 30 juillet 2008 à 11h45

Crise politique : quelle Belgique Leterme laissera-t-il aux générations futures ?

Crise politique : quelle Belgique Leterme laissera-t-il aux générations futures ?

Le service d'études de la banque néerlandaise, dans le dernier numéro de sa publication [Focus on the Belgian economy], précise que certains de ces coûts «peuvent être mesurés directement sur le coût de refinancement de la dette de l'Etat. D'autres seront payés par la prochaine génération.» Et de prévenir : «Il est difficile de départager les effets de la crise politique belge des effets de la crise économique qui sévit sur les marchés financiers depuis l'éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis.»

Ces précautions prises, Julien Manceaux, auteur du rapport d'ING, estime «certain que la Belgique a payé plus cher le refinancement de sa dette publique. Son calcul se base sur comparaison des spreads, autrement dit l'écart entre le rendement des obligations allemandes à 10 ans (Bund) et des obligations linéaires belges à 10 ans (OLO). Puis à y ajouter les spreads (toujours vis-à-vis du Bund) de la France et des Pays-Bas. Cela donne ceci :

Conclusion : le taux belge est systématiquement supérieur aux taux français et néerlandais. Un écart «supplémentaire» qui a augmenté lorsque la crise politique s'est installée dès juillet 2007. «Le spread supplémentaire était alors faible et correspondait aux débuts de la crise financière, écrit l'analyste d'ING. Il s'est définitivement agrandi au mois de novembre 2007 : vote en force du projet de Loi BHV en commission parlementaire de la Chambre le 7, manifestation pour l'unité du pays (35.000 personnes défilaient le 18) et première démission d'Yves Leterme en tant que Premier ministre le 1er décembre.»

Ce spread supplémentaire «avait alors atteint 10 points de base et s'est maintenu malgré la remise en selle de Guy Verhofstadt 10 jours plus tard. Au mois de mars, alors que les marchés financiers s'enfoncent un peu plus dans la crise et que les performances des marchés d'actions provoquent une montée brutale de l'aversion au risque et donc une fuite vers les obligations, les taux obligataires diminuent partout, et en particulier en Allemagne, mais pas en Belgique, ce qui a fait bondir le spread à plus de 40 points de base, et le spread supplémentaire par rapport aux deux autres pays voisins, jusqu'à 20 points de base.»

La formation du gouvernement a-t-elle apaisé les esprits ? Apparemment non. «Ce spread s'est à peine réduit, et pour cause : les inquiétudes quant au contrôle budgétaire qui n'a finalement réellement eu lieu qu'en juillet étaient nombreuses. A l'heure où le Premier ministre a démissionné pour la seconde fois le 14 juillet dans la soirée, le spread était toujours supérieur à 10 points de base.»

Bref, «en moyenne selon cette première méthode, depuis les élections de l'année dernière, le coût de refinancement de la dette publique de l'Etat belge via les obligations linéaires a été de 10 points de base supérieur à ce qu'il aurait sans doute été sans la crise politique».

Attention : «Il ne faut pas perdre de vue que les titres de la dette publique ne disposent pas du même rating en France et aux Pays-Bas qu'en Belgique où il est plus bas (Aa1 contre Aaa). Or, lorsque l'aversion au risque augmente (comme ce fut le cas en mars dernier à cause de la tempête qui a sévit sur les marchés d'actions) les spreads (vis-à-vis du Bund, la valeur refuge) augmentent avec la notation (moins elle est bonne, plus le spread augmente).

Julien Manceaux compare donc le taux belge à la moyenne des taux de quatre pays (deux Aaa, la France et la Pays-Bas, et deux Aa2, l'Italie et le Portugal - la Belgique étant le seul pays de l'Eurozone à disposer d'un rating Aa1). Le résultat est sensiblement le même : «En moyenne, depuis les élections de l'année dernière, le coût de refinancement de la dette publique de l'Etat belge via les obligations linéaires a été de 5 à 10 points de base supérieur à ce qu'il aurait sans doute été sans la crise politique.»

Précisons que les agences de notation pensaient relever celle de la Belgique avant la crise, «suite aux améliorations en matière de désendettement notamment, indiquait Ivan Van de Cloot dans L'Echo mi-juillet. La crise politique a clairement ralenti ce processus.»

Cette notation a des conséquences sur l'intérêt porté à notre pays par les investisseurs étrangers. Or, ceux-ci «nous considèrent comme les Balkans du Benelux», déplorait Ivan Van de Cloot. En outre, «les investisseurs étrangers ont besoin de stabilité et se demandent quelle sera la valeur d'un accord ou d'une décision négociée avec un gouvernement qui n'est pas stable».

«Il est également important de remarquer que, outre cette sanction du marché, les coûts directs les plus ressentis par la population tiennent évidemment à l'inaction d'un gouvernement empêtré dans les débats institutionnels, écrit encore Julien Manceaux. Le coût en termes de perte de crédibilité de la classe politique belge dans son ensemble est difficile à évaluer. Cependant, après les manifestations du mois de juin, il est apparu clairement que les priorités exprimées par la population ont plus de rapport avec le pouvoir d'achat qu'avec les réformes institutionnelles.»

«Même si une grande partie des prérogatives en matière économique appartient désormais aux régions, les politiques d'emploi ainsi que les outils fiscaux restent des leviers majeurs du pilotage de l'économie : on pense notamment à la baisse des charges sur le travail, en particulier le non qualifié, ou à l'encadrement des négociations salariales de l'automne. Dans un contexte économique qui se détériore rapidement sur le plan international et donc également bientôt en Belgique, ces politiques sont essentielles pour éviter une remontée du taux de chômage. Cela requiert un pouvoir exécutif stable et chaque semaine de retard dans ce domaine diminue la crédibilité d'un gouvernement déjà très affaibli, ce qui constitue très certainement un coût, mais diffus et difficile à chiffrer.»

Selon l'analyste d'ING, la prochaine génération pourrait bien payer le retard pris aujourd'hui. «A long terme, le retard qui s'accumule aujourd'hui au niveau de l'assainissement budgétaire, et qui atteindra sans doute plus de deux ans puisque les chances de voir la stabilité politique restaurée avant les élections régionales de 2009 sont faibles, aura des conséquences en termes budgétaires.»

L'absence de gouvernement stable pendant une période aussi longue «risque de limiter les efforts consentis pour maîtriser les dépenses publiques et assurer durablement un surplus budgétaire au niveau fédéral». Selon les projections du Bureau du plan et du Conseil supérieur des finances, «si la Belgique ne libère pas très vite des surplus budgétaires (c'est-à-dire des surplus primaires - recettes moins dépenses - supérieurs aux charges de sa dette), la dette cessera de se réduire à partir de 2025 et un effet boule de neige semblable à celui des années 1980 réapparaîtra, faisant rapidement sortir le pays des critères de stabilité établies par le Traité de Maastricht.»

Le coût encouru par les gouvernements futurs (et donc les contribuables futurs) en conséquence des manquements actuels «sera très élevé en termes de recettes à dégager pour financer le système de pension». Pour redresser la barre, ce sont «7 milliards d'euros qu'il faudrait trouver en 2011, 5,5 milliards en 2010 et 3,5 milliards l'an prochain», selon «une fuite de la chancellerie du Premier ministre parue dans De Standaard du 25 juillet».

Conclusion de l'analyste : «Même si ces chiffres sont approximatifs, ils n'en donnent pas moins une idée des efforts qu'il faudrait consentir pendant cette législature qui n'en finit pas de commencer. Si les coûts à court terme sont difficiles à évaluer, les risques de transmettre aux générations futures une situation budgétaire insoutenable sont très élevés, et pourraient bien constituer les principaux dommages de cette longue crise.»

Mi-juillet, Ivan Van de Cloot évoquait lui aussi, dans L'Echo, les problèmes du désendettement et du vieillissement de la population. «Le Conseil supérieur des finances a souligné un risque très net d'aggravation de la dette. Le gouvernement est plus préoccupé par la réforme de l'Etat que par la nécessité de dégager des surplus budgétaires pour réduire la dette et alimenter le fonds de vieillissement.»

Or, «la Commission européenne a mis en garde la Belgique contre l'aggravation des déficits budgétaires qui pourraient atteindre 1,5 milliard d'euros cette année et 3 milliards l'année prochaine. Les surplus budgétaires sont indispensables pour faire face au coût du vieillissement. Sans surplus, chaque contribuable devra intervenir à hauteur de 3.700 euros par an, par des taxations supplémentaires ou des diminutions de dépenses publiques.»

Trends.be

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