Le réseau de Jean Stéphenne (GSK Biologicals)
mardi 19 octobre 2010 à 00h55
Entrepreneur emblématique à qui l'on doit l'impressionnante croissance de GSK Biologicals en Wallonie, l'ex-président de l'UWE côtoie les plus grands en Belgique et à l'étranger.

Jean Stéphenne. © Belga
«Je suis un homme de la terre. Mes parents étaient agriculteurs à Furfooz, près de Dinant, et je ne suis donc pas né au sein d'un réseau», tempère d'emblée Jean Stéphenne, qui, de son bureau sur les hauteurs de Wavre, gère le leader mondial de la production de vaccins - 12.000 personnes employées à travers le monde, dont plus de la moitié chez nous. «Mon réseau s'est constitué de lui-même au fil de ma carrière, davantage pour soutenir la croissance de GSK Bio que la mienne...»
Le propos est à son image : posé, mesuré, à mille lieues d'une notoriété pourtant bien établie. L'homme n'est pas davantage un adepte des salons feutrés, bien qu'il ait intégré de longue date les cénacles les plus prestigieux : anobli par le Roi au tournant du siècle, le baron siège aux conseils d'administration de la FEB, de BNP Paribas Fortis, du Groupe Bruxelles Lambert ou de Besix, entre autres. Mais l'ancien président de l'Union wallonne des entreprises (UWE) s'active aussi au sein de plus petites structures (quoique...) comme IBA, voire dans les spin-offs à l'émergence desquelles il consacre beaucoup d'énergie, telles Nanocyl ou Henogen, par exemple.
«Les patrons ne sont pas tous des individualistes forcenés. Ils n'hésitent pas à donner des conseils, comme je le fais aujourd'hui auprès de jeunes entrepreneurs, mais aussi à en recevoir », poursuit celui qui lâchera dans deux ans les rênes de GSK Bio. Il a d'ailleurs déjà organisé sa succession. Parmi ses mentors, il cite avant tout deux «académiques» : Arsène Burny, professeur de biologie moléculaire (Gembloux, ULB) et spécialiste mondialement reconnu de la cancérologie et du sida, et Philippe de Woot, professeur de management (UCL). «Nous étions dans les années 1980, raconte Jean Stéphenne. En tant que directeur de la production, je devais accélérer la mise sur le marché du vaccin contre l'hépatite B - une première mondiale. Je suis allé voir Arsène Burny, qui m'a mis en contact avec les meilleurs biochimistes. Par la suite, il m'a introduit auprès de Luc Montagnier et Robert Gallo, les découvreurs du virus du sida. Quant à Philippe de Woot, je lui dois des principes de management auxquels je me réfère encore aujourd'hui : le nécessaire équilibre des fonctions dans les équipes qui gagnent, l'indispensable ouverture à la mondialisation et la transversalité de l'innovation. C'est sur cette base que j'ai imposé que nos recherches soient menées en collaboration avec des universités ; que nos équipes soient multidisciplinaires, intégrant chercheurs, médecins, responsables du marketing et de la production, et que notre politique salariale favorise cet équilibre des fonctions.»
Ces recettes ont fonctionné. Lorsque Jean Stéphenne est entré chez Smithkline-Beecham à Rixensart, en 1974, le chiffre d'affaires en vaccins humains approchait les 3 millions de dollars. En 1986, avant le vaccin contre l'hépatite B, il atteignait 30 millions de dollars. Aujourd'hui, il dépasse les 5 milliards d'euros. Propulsé à la tête de l'entreprise en 1991, l'entrepreneur fut élu Manager de l'Année en 1996 et présida dans la foulée le patronat wallon, voulant convaincre les politiques de l'indispensable effort à fournir pour redresser l'économie sudiste. «L'affirmation flamande d'un pays à deux vitesses m'avait choqué, se souvient-il. Je voulais réagir, montrer ce que nous faisions en Wallonie mais aussi y initier une révolution culturelle : le modèle de cogestion avec les syndicats, que j'avais banni de mon entreprise - dans le respect des organes de concertation -, me paraissait dangereux.»
Cependant, la Wallonie - Jean Stéphenne a ensuite joué un rôle majeur dans la préparation du Plan Marshall et des pôles de compétitivité - n'a évidemment pas épuisé son horizon. Il a côtoyé de manière assidue, lors de son ascension, des patrons qu'il admirait et qui l'ont encouragé comme Philippe Bodson et Luc Willame, fers de lance de l'expansion de Glaverbel, Georges Jacobs (UCB), Karel Boone (Lotus Bakeries), Philippe Delaunois (Cockerill), Luc Vansteenkiste (Recticel), Gui de Vaucleroy (Delhaize), Johan Beerlandt (Besix), François Cornélis (Petrofina), Daniel Janssen (Solvay), Dominique Collinet (Carmeuse), entre autres. Soit autant d'amis ?
«Ce sont des relations, même si elles sont parfois très proches comme Jean-Jacques Verdickt (Magotteaux et ex-UWE), Pierre Mottet (IBA) ou Thierry Huet (Desobry). Michel Foucart (Technord) est un véritable ami, un frère avec qui je me bats pour promouvoir un patronat responsable. Et si je côtoie Albert Frère et Maurice Lippens, je ne suis pas ce que l'on peut appeler un habitué du Zoute», tranche ce patron qui préfère son vélo, son jardin, et sa maison dans le Sud de la France. «J'y cultive quelques vignes, des oliviers et des arbres fruitiers et cela suffit à mon bonheur en famille.»
Benoît July
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