Immobilier : quand peut-on forcer la vente ?

vendredi 08 juin 2012 à 16h43

Vous aimeriez vendre un bien immobilier aux meilleures conditions. Vous comptez donc fermement négocier. A partir de quand vous trouverez-vous définitivement lié ? La réponse de Stacey Smits, avocate chez CMS DeBacker.

© Thinkstock

Les transactions immobilières sont devenues plus complexes qu'auparavant : les négociations sont souvent plus longues, les parties hésitent davantage... Il arrive même que l'une d'elles abandonne en pleine négociation. Ceci donne lieu à des litiges où l'autre partie exige l'exécution forcée de la vente, considérant que la vente était parfaite.
 
La vente des biens immobiliers est régie par l'article 1583 du Code civil, qui traite de la vente en général. Selon les textes, la vente est parfaite dès lors que les parties ont convenu de la chose et de son prix ; par conséquent, une simple offre portant description du bien et du prix se muera en vente contraignante dès qu'elle aura été acceptée inconditionnellement par l'autre partie - c'est-à-dire avant même que le compromis ne soit signé.
 
Dans la pratique, cependant, les transactions immobilières s'effectuent généralement en plusieurs étapes : offre ou déclaration d'intention, négociations, établissement du compromis de vente et, enfin, l'acte notarié. Le compromis contient par conséquent maintes conditions essentielles (dont, par exemple, les garanties et les déclarations) au sujet desquelles les parties doivent s'entendre avant de se trouver définitivement liées, mais qui ne figuraient pas dans l'offre.
 
La jurisprudence et la doctrine acceptent qu'une offre ne donne lieu à une vente définitive qu'à condition d'être complète et par conséquent, de contenir, outre les conditions essentielles de prix et d'objet, les autres conditions considérées comme déterminantes par les parties (conditions substantielles). En cas de litige, toute la difficulté est de démontrer l'existence de conditions complémentaires considérées comme substantielles par les parties.
 
La Cour d'appel de Bruxelles semble avoir apporté réponse à ce problème, en affirmant (i) que la transaction immobilière se décline par définition en plusieurs étapes, durant lesquelles les parties négocient les conditions essentielles et substantielles, qui seront ensuite versées dans le compromis de vente et (ii) que la vente du bien n'est par conséquent parfaite qu'à la signature du compromis. L'article 1583 du Code ne devrait désormais plus être appliqué inconditionnellement à la vente de biens immobiliers.
 
Il serait toutefois souhaitable que cette jurisprudence se développe. Pour l'instant, il convient d'être très prudent dans la négociation des ventes immobilières.
 
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