Pourquoi le site français covoiturage.fr est-il devenu payant ?
vendredi 10 août 2012 à 15h58
Leader du covoiturage chez nos voisins français, mais aussi très usité par les jeunes Belges, le site covoiturage.fr est très récemment devenu payant : trajets payés à l'avance, pourcentage versé au site lui-même, ce nouveau modèle économique est peu apprécié par certains utilisateurs. Enfin des clients. Mais il possède un avantage : celui de fiabiliser le service rendu. Décryptage.

L'équipe du site français covoiturage.fr © DR
En cette période estivale, le covoiturage est en plein boom. Le site covoiturage.fr, qui domine quasi exclusivement le secteur, est passé en un peu plus d'un an au payant. Une décision qui n'a pas fait l'unanimité, à lire les commentaires des lecteurs de LExpansion.com. Deux groupes Facebook ont même été créés pour la contester, réunissant au total presque 800 personnes. Si le nombre de contestataires est incomparable avec le nombre de membres inscrits sur le site, la grogne ne peut pour autant être éludée. "Encore un système qui se voulait une plateforme de mise en rapport directe entre particuliers qu'on court-circuite pour gagner de l'argent auprès de ses utlisateurs, super le marketing internet libre" peut on lire. Ou encore "Covoitureuse depuis bien longtemps, je suis très déçue par leur système. Ça leur permet de se faire du fric sur une initiative née du partage, bien joué les mecs". Etait-ce la bonne décision ?
Covoiturage.fr, le leader incontesté qui peine à se rentabiliser
Le site covoiturage.fr concentre en France près de 90% des offres de covoiturage. Il compte aujourd'hui 1,9 million membres dans l'Hexagone, contre moins d'un million il y a un peu plus d'un an. Chaque jour, le site gagne 3000 nouveaux inscrits en moyenne. Et près de 350 000 personnes voyagent chaque mois sur les routes de France à travers son service, soit l'équivalent de près de 1000 TGV. Le site vient de se lancer au Royaume-Uni, en Italie et en Espagne.
Cette domination sur le secteur n'est pourtant pas synonyme de fortune pour le site internet. En 2011, il a réalisé un chiffre d'affaires d'un million d'euros. Mais depuis sa création, il doit faire face à des déficits. La perte de 2011 n'a pas été communiquée. Jusque récemment, le site ne recevait pas un centime de la part de ses membres. Il vivait donc principalement de son service dédié aux entreprises, et plus marginalement de la publicité. Car Frédéric Mazzella, le fondateur du site, se dit réticent à développer la publicité sur son site. "Elle ne nous a jamais permis de nous financer. Elle a été bouleversée par Google et Facebook. Aujourd'hui, pour qu'une publicité soit rentable, elle doit être ciblée et porter sur un énorme volume de membres", argue-t-il. "Je suis allé au bout du gratuit. Derrière notre service de qualité, il y a 50 personnes et 40 serveurs qui tournent 24h/24".
Les failles de la gratuité et le passage au payant
Le site a donc lancé en phase de test une formule payante en mai 2011, exclusivement en Bretagne. A chaque covoiturage, le site internet ponctionnait une somme fixe, de deux euros. La formule a fini de se déployer sur l'ensemble de la France en juin dernier, avec une évolution de la tarification. Aujourd'hui, le mécanisme se base à la fois sur une part fixe de 60 centimes par trajet, et sur une part variable, de 7% le prix du trajet. Ce à quoi il faut ensuite ajouter la TVA. L'objectif affiché est de parvenir à l'équilibre d'ici à 2015.
Frédéric Mazzella affirme qu'avant de passer à la réservation en ligne, le site faisait face à un taux de désistement de 35%. Ce qui a fait "que de nombreux conducteurs partaient sans avoir le moindre passager dans leur voiture". Et le système d'avis conçu pour éviter ces comportements n'a pas eu le résultat escompté. Car lorsqu'un passager posait une option pour un covoiturage, il pouvait appeler tout de suite le conducteur. Dès lors, "il l'acceptait sans avoir pu préalablement consulter son profil, même si ses avis étaient négatifs", explique-t-il.
Selon lui , la formule récente a porté ses fruits: "Le taux de désistement de passagers dans les dernières 48h a chuté de 35% à 4% depuis le lancement de la réservation payante en ligne. De plus, lorsque cela arrive, le conducteur est maintenant dédommagé. C'est un vrai progrès vers la fiabilité du service et l'engagement des membres de notre communauté." Avant de passer au payant, il confie toutefois avoir envisagé d'autres solutions. Mais seule la réservation en ligne permettait de régler le problème des désistements. Ce que confirme Jean-Louis, conducteur habitué du site covoiturage.fr, qui a bien vécu le passage au payant. "C'est rassurant pour un conducteur. J'ai connu des désistements et c'est assez frustrant. Maintenant on part avec le trajet déjà payé, ça responsabilise les passagers. Et le service de virements bancaires est bien conçu".
La nouvelle formule fait débat
Reste que pour ses détracteurs, elle va à l'encontre de l'esprit du covoiturage. C'est ce que regrette Thibault, contacté par L'Expansion, qui a décidé de poster ses offres de covoiturage sur un site gratuit. "Pour moi, le covoiturage, c'est l'entraide, le partage des frais d'essence et de péage. J'estime que le site n'a pas à récupérer d'argent des passagers. C'est ce qui m'a fait quitter le site".
Une philosophie du covoiturage que vient confirmer Isabelle Schoor, du site de covoiturage gratuit Karzoo : "nous ne voulons mettre aucun frein au covoiturage. Nous sommes un peu des esthètes en la matière". Mais elle tient à relativiser: "nous n'avons pas le même volume que Covoiturage.fr. Je comprends tout à fait leur décision de passer au payant. A la base, ils étaient dans le même état d'esprit que nous".
Pour le fondateur de Covoiturage.fr, tout le problème viendrait du fait que "payer pour un service n'est pas vraiment dans notre culture. Par exemple, contrairement aux anglo-saxons, nous avons très peu l'habitude de laisser un pourboire, même quand le service est bon, car on nous dit depuis toujours que le service est compris..." Le virage de la rentabilité est décidément bien délicat à entamer.
Trends.be avec l'Expansion
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