Pfizer : deux bougies et quatre défis pour le CEO Jeffrey Kindler
lundi 28 juillet 2008 à 17h10

Pfizer : deux bougies et quatre défis pour le CEO Jeffrey Kindler
Jeffrey Kindler, deux ans après son intronisation en tant que CEO de Pfizer, peut se frotter les mains. Son plan de sauvetage du géant pharma, dont le titre a plongé de 25 % au cours de l'année écoulée - après avoir abandonné 40 % sous l'égide du précédent patron, Hank McKinnell - commence à porter ses fruits. Après avoir atteint un plus bas (sur 11 ans !) le 27 juin dernier, à 17,12 dollars, le titre Pfizer a regagné quelques couleurs le 23 juillet, dépassant 19 dollars. On est certes loin du plus haut du 10 octobre 2007 (25,71 dollars), mais c'est un début.
Il faut dire que Kindler, juriste dont le seul lien avec les laboratoires est un père médecin, a trouvé un groupe exsangue. A ses yeux, l'opération de sauvetage nécessite moins de talents industriels que de compétences de management : «Tout est question de leadership, indique-t-il dans une interview accordée à Bloomberg le 26 juillet. Je ne suis pas un scientifique, je ne prétends pas l'être. Mais j'ai appris à poser des questions... et à écouter les réponses.»
Le cours de Bourse plancher de Pfizer s'explique très simplement : les investisseurs craignent l'année 2011. Dans trois ans, en effet, les concurrents génériques au best-seller absolu du secteur pharmaceutique, le Lipitor (anti-cholestérol) de Pfizer, débarqueront toutes armes dehors. Or, Pfizer n'a pas de pipeline suffisamment fourni en nouveaux produits pour faire face à cette bataille rangée. C'est donc un défi de taille - ou plutôt quatre défis - que Jeffrey Kindler est en train de relever.
Le Pfizer laissé par McKinnell souffrait d'une prise de décision au ralenti. Les bons projets n'avançaient pas à cause de strates de management sans fin, et les mauvais dossiers n'étaient pas écartés suffisamment vite.
«Nous avons tenté de démanteler la structure monolithique de la recherche & développement, en créant de plus petites aires thérapeutiques, résume le CEO à Bloomberg. L'industrie a un besoin absolu d'une efficacité accrue en matière de R&D, et Pfizer n'y fait pas exception.» L'idée est donc de fonder de petites unités consacrées chacune à une maladie, afin de travailler sur les médicaments existants.
«Nous nous sommes concentrés sur les affections où nous pensons pouvoir investir et gagner. Grâce à notre organisation financière et notre bilan solides, nous avons la capacité d'assurer une bonne part du travail.» Avec, à la clé, des revenus d'autant plus importants. Parmi les maladies ciblées : le cancer surtout, mais aussi les maladies du cœur et les inflammations.
Par ailleurs, Pfizer a inauguré un centre indépendant de biotechnologie et une division séparée dédiée au cancer. Une stratégie du morcellement mise en pratique par ses concurrents, GlaxoSmithKline et Novartis notamment. Enfin, Pfizer compte accroître ses acquisitions d'entreprises, mais aussi ses partenariats et alliances avec des entreprises biotech et de plus petits labos pour générer de nouveaux revenus.
Résultat : le nombre de médicaments au stade ultime de développement pourrait passer à 28 d'ici la fin de 2009, contre 16 début 2008.
Aux yeux de Kenneth Kaitin, directeur du Tufts University Center for the Study of Drug Development (Boston), une recherche plus efficace pourrait également améliorer la perception qu'a le grand public de l'industrie pharmaceutique. Si l'on en croit une récente étude de la Henry J. Kaiser Family Foundation, 44 % des personnes interrogées révèlent une perception défavorable des entreprises pharma. Seuls les groupes pétroliers et les assureurs en soins de santé sont en moins bonne place...
Quelque 70 % des sondés dénoncent le fait que les entreprises biotech sont trop focalisées sur les profits, et 80 % affirment que leurs traitements coûtent trop cher.
«La grande majorité des médicaments dans le monde ont été créés par les laboratoires privés, répond Jeffrey Kindler. Nous devons faire plus pour mieux expliquer cela. Lorsqu'il s'agit de leur santé et de leur argent, beaucoup de gens se disent frustrés par les tarifs et le fait que nous gagnons de l'argent. Chez Pfizer, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour changer cette perception.»
Quant aux prix des traitements, le CEO défend là aussi son entreprise. Pour lui, la facture reflète le temps et l'argent nécessaires au développement d'un nouveau médicament. Selon le Tufts Center, ce dernier coûterait en moyenne 802 millions de dollars. «Nous sommes actifs dans un secteur où la seule manière d'innover est de faire de l'argent et d'assurer des returns aux actionnaires», assène le patron.
Jeffrey Kindler a d'ores et déjà supprimé 14.000 postes (25.000 emplois ont disparu depuis 2005, soit près du quart de la masse salariale) et fermé plusieurs sites de fabrication. Le but financier est de réduire les coûts de 2 milliards de dollars.
Il indiquait, le 23 juillet, que ce plan fonctionnait parfaitement et que Pfizer confirmait son dividende habituel, l'un des plus élevés du secteur - il lui coûte la bagatelle de 8 milliards de dollars chaque année, soit l'équivalent de son bénéfice net, selon La Tribune.
Au second trimestre de 2008, le revenu net de Pfizer a atteint 2,77 milliards de dollars, tandis que son chiffre d'affaires s'est gonflé de 9 %, à 12,1 milliards de dollars. Pour cela, le leader mondial de la pharma ne peut guère remercier son territoire national...
Aux Etats-Unis, en effet, ses ventes ont reculé de 2 % au cours du même trimestre. La demande pour le Chantix/Champix (anti-tabagisme) a certes augmenté de 3 % au plan mondial, mais plongé de 35 % aux USA. La publicité quant aux risques d'effets secondaires (troubles du comportement, dépression nerveuse, comportements suicidaires) y est sans doute pour quelque chose... Pas de chance : Pfizer avait placé beaucoup d'espoirs dans ce traitement.
C'est donc à l'étranger que Pfizer «fait son beurre». Exemple concret : les revenus tirés du fameux Lipitor ont crû de 9 % à 3 milliards de dollars grâce aux ventes internationales. L'anti-cholestérol voit son usage diminuer aux Etats-Unis, un déclin amplifié par la concurrence enragée menée par des copies meilleur marché du Zocor de Merck.
Cela explique pourquoi, hors d'Amérique du Nord, le bénéfice de Pfizer a explosé de 18 %. Bénéfice collatéral : la faiblesse du dollar a permis de doper la hausse du chiffre d'affaires. Hors effet de change, celle-ci serait non pas de 9 % au deuxième trimestre (à 12,13 milliards de dollars), mais d'un petit 2 %.
Vincent Degrez
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