Comment le «piège Opel» s'est refermé sur Angela Merkel
jeudi 27 août 2009 à 16h52

Comment le «piège Opel» s'est refermé sur Angela Merkel
Angela Merkel, qui évite soigneusement les positions tranchées, avait dérogé à cette règle en promettant de ne pas laisser mourir le constructeur allemand, menacé au printemps par la possible faillite de sa maison mère, l'américain General Motors. L'hypothèse que la marque à l'éclair, créée en Allemagne voici plus d'un siècle, disparaisse avait en effet soulevé une vive émotion dans le pays.
Reprenant une idée de ses partenaires de coalition, les sociaux-démocrates (SPD), la chancelière conservatrice (CDU) [soutient depuis des mois un rachat d'Opel par l'équipementier canadien Magna], adossé à la banque russe Sberbank, et s'est engagée à apporter des milliards d'euros d'aides publiques. Mais la vente n'a pas été conclue, car GM privilégiait jusqu'à présent l'autre candidat encore en lice, le holding bruxellois RHJ International, voyant d'un mauvais œil la présence d'investisseurs russes aux côtés de Magna.
Or, à présent que le groupe américain est redressé et qu'il peut compter sur le soutien du gouvernement américain qui le contrôle à plus de 60 %, il pourrait même [choisir de garder Opel dans son giron]...
«Les responsables politiques allemands ont fait leur choix beaucoup trop vite !, critique Fred Irwin, président de la société fiduciaire créée par Berlin et qui contrôle actuellement Opel de concert avec General Motors. GM peut tout à fait ne choisir aucune des deux offres.»
Le gouvernement, en privilégiant Magna, «a conduit Opel et l'Allemagne dans un cul-de-sac», s'est emporté cette semaine Guido Westerwelle, chef du parti libéral FDP, aujourd'hui dans l'opposition mais qui pourrait être amené à gouverner avec la CDU après les élections du 27 septembre : «Le gouvernement fédéral a commis une grosse erreur.»
Même l'Allemand Günter Verheugen, commissaire européen à l'Industrie, a critiqué son pays : «L'action d'un gouvernement ne peut se substituer à la responsabilité de General Motors !»
Face à cette bordée de critiques, Angela Merkel a répété jeudi que le gouvernement avait fait son devoir en voulant sauver Opel, qui emploie environ 51.000 salariés en Europe, dont la moitié en Allemagne : «Il existe un fort consensus dans tous les pays européens où est implanté Opel, sur l'idée qu'il était bon d'éviter le chaos d'un dépôt de bilan de General Motors et de GM Europe, et de prendre en charge les salariés», a-t-elle fait valoir dans une interview au quotidien Die Welt, après s'être déjà justifiée la veille lors d'une intervention télévisée.
La chancelière a martelé une nouvelle fois son soutien à l'offre de rachat de Magna, alors même que, selon la presse, Berlin était prêt à reconsidérer la candidature de RHJ. «Le gouvernement a une préférence pour le concept de Magna», martèle-t-elle dans Die Welt.
[L'espoir d'une décision rapide s'est en tout cas envolé.] Mais le crédit de 1,5 milliard d'euros déjà accordé à Opel ne sera suffisant que jusqu'à janvier, a averti mercredi Karl-Theodor zu Guttenberg, ministre de l'Economie, devant une commission parlementaire. Il s'est toutefois voulu rassurant concernant la survie du groupe : «Nous ne discutons pas non plus dans le sens d'un dépôt de bilan.»
Trends.be, avec Belga
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