Gaz de schiste : l'avènement d'un nouveau gaz

lundi 03 octobre 2011 à 12h46

Les carburants fossiles s’épuisant, la recherche d’alternatives devient une question de civilisation.

© ThinkStock

Le gaz de schiste est l’un des candidats qui montent. Comme l’explique Heleen Van Hoof, consultante d’Econopolis : « Le gaz de schiste extrait des schistes ou couches d’argile ne peut plus être nié comme énergie alternative. L’impact sur le marché américain, et par extension sur le marché mondial, est d’ores et déjà évident. Il se manifeste notamment par un excédent.

La production de gaz de schiste est actuellement concentrée pour l’essentiel en Amérique du Nord, une situation qui devrait changer à court terme ».

La production de gaz de schiste est-elle rentable ?

HELEEN VAN HOOF. La réussite de l’opération exige que trois conditions soient réunies: une géologie favorable, propice à une extraction efficiente, des forages et une production de haute qualité à faible prix de revient et un accès à un marché gazier avec des infrastructures existantes et des prix corrects. Autre facteur : l’attitude qu’adoptent les milieux politiques et les défenseurs de l’environnement vis-à-vis de ce type de gaz. Aux Etats-Unis, premier producteur mondial de gaz de schiste, ces trois conditions sont réunies. Au-delà d’une géologie adaptée, de la présence d’entreprises dotées du savoir- faire technologique correct et d’infrastructures suffisantes, il y a peu d’immixtion du politique. L’IEA estime possible que les Etats-Unis puissent produire des gaz de schiste pour un coût compris entre trois et cinq dollars par MBtu (mille BTU – unité d’énergie anglo-saxonne), pas loin du prix actuel du marché de 4,1 dollars par MBtu. Il faut également tenir compte du fait que la technologie est encore jeune et que l’on sait encore peu de choses sur la productivité des sources à long terme. Il y a donc bien des incertitudes liées à la production de gaz de schistes et aux revenus qu’ils permettront de dégager.

Comment se fait-il que le marché américain ait pu se développer de la sorte?

HELEEN VAN HOOF.
Ces dernières années, le marché américain des gaz de schiste a connu une évolution rapide, qui ne doit rien au hasard. Elle fait suite à des années d’aides publiques. Pendant la période 1987 -1992, un crédit d’impôt était accordé pour la production pétrolière et gazière non conventionnelle. Cela a mis une série de plus petites entreprises d’exploration et d’extraction sur la piste des gaz de schiste, un combustible dont, à l’époque, les grandes sociétés pétrolières se désintéressaient complètement. Ces indépendants ont pu évoluer tranquillement et engranger des connaissances qui ont permis d’améliorer les technologies de forage et de simulation. La grande percée date de début 2000. Grâce à une nouvelle technique de forage, la société Decon Energy est en effet parvenue, dans la formation géologique Barnett Shale, à extraire le gaz de schiste d’une manière plus performante. Les autres grands producteurs in dépendants ont pris le train en mar - che. Les années suivantes, des formations contenant des gaz de schiste ont très vite été découvertes et mises en exploitation, aux Etats- Unis comme au Canada. Le ministère américain de l’Energie estimait, pour 2004, la production de gaz de schiste à 0,0566 milliard de mètres cubes par jour. Début 2010, ce chiffre était passé à 0,312 par jour, soit environ 20 % du gaz naturel con sommé aux Etats-Unis. Le gaz de schiste restera encore longtemps présent sur le marché américain, où il prendra une part grandissante. Désormais, les grandes sociétés pétrolières s’intéressent, elles aussi, à la question. Elles ont pratiquement toutes un programme autour de l’extraction non conventionnelle de gaz. Depuis 2008, plusieurs de ces entreprises (dont ExxonMobil, Shell, Statoil, Total et BP) sont actives dans la production de gaz de schiste aux Etats-Unis, soit par leasing soit par acquisition de petits acteurs de niche. Rien n’exclut qu’à l’avenir, les grandes sociétés pétrolières dominent le marché des gaz de schiste, comme elles l’ont fait pour le secteur du méthane en lit fluidisé.

Quelle est l’incidence de la production de gaz de schiste américains sur le marché gazier mondial?

HELEEN VAN HOOF.
Actuellement, la production de ce type de gaz n’est significative qu’en Amérique du Nord. Il n’empêche, l’impact est d’ores et déjà réel sur le marché gazier et des perspectives d’avenir existent. La production de gaz de schiste à coût raisonnable a mis sur le marché américain d’importants volumes supplémentaires. Parallèlement, crise économique oblige, la demande a régressé et les prix se sont effondrés de 9 USD/MBtu en 2008 à 3 USD/MBtu en septembre 2010. Il y avait tout simplement trop de gaz sur le marché. Point supplémentaire, la baisse significative de la demande américaine de GNL a accéléré la spirale négative des prix dans d’autres régions et réduit les activités de forage. On s’attend à ce que la production de gaz de schiste se traduise, sur le long cours, par un faible niveau des prix du gaz aux Etats-Unis, avec une pression permanente sur les marchés gaziers mondiaux. Cette situation peut également jouer sur les mécanismes actuels de formation des prix gaziers en Europe et en Asie-Pacifique, régions où les contrats à long terme sont toujours corrigés pour l’indexation des prix du pétrole. L’argument est que le gaz peut se substituer au pétrole. L’apparition du gaz de schiste sur les marchés américains peut provoquer la modification, voire la suppression, du mécanisme d’indexation par rapport aux prix du pétrole. L’impact pourrait être plus important encore et se traduire par une baisse des prix.

L’exploitation de gaz de schiste pourrait-elle sortir du cadre nord américain ?

HELEEN VAN HOOF.
Les géologues ont identifié, de par le monde, 650 zones schisteuses, qui ne permettent pas toutes l’exploitation gazière. Au-delà d’une géologie et d’un accès difficiles, d’une forte consommation d’eau, de l’impact sur l’environnement, du manque d’infrastructures et du peu de soutien politique, d’autres difficultés techniques et économiques peuvent apparaître. Les connaissances techniques peuvent être problématiques, elles aussi. Les entreprises nord-américaines spécialisées en gaz de schiste ne sont pas actives hors de leur région. A terme, le changement pourrait venir des grandes sociétés pétrolières qui, elles, ont un rayon d’action plus important. Pour l’instant, les services spécialisés non US sont rares, chers et pas toujours fiables. C’est ainsi que produire du gaz de schiste en Europe peut s’avérer trois fois plus coûteux qu’aux Etats-Unis. Il faut en outre 5 à 10 ans de préparatifs avant qu’on ne puisse lancer la production proprement dite. Il n’y a pas encore de projets concrets en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, la plupart sont au niveau du concept. L’Australie et l’Europe ont plus de potentiel : attachement à la sécurité d’approvisionnement en gaz, présence de tous les grands pétroliers et intérêt de plusieurs start-up. Pour son approvisionnement en gaz, l’Europe est largement tributaire de la Russie. Aussi la sécurité – la continuité – d’approvisionnement devient-elle une question cruciale. La protection « domestique » de gaz de schiste devrait y répondre. Ces gaz sont présents dans pratiquement tous les pays : France, Allemagne, Hongrie, Pologne, Suède et Ukra ine. L’exploration bat son plein, avec la Pologne comme épicentre. Cette situation s’explique notamment par la géologie favorable et la présence d’infrastructures mais aussi (et surtout) par les aides d’Etat affirmées et par les avantages fiscaux attrayants.

Quel est l’impact environnemental de la production de gaz de schiste?

HELEEN VAN HOOF.
Peu de recherches ont été menées sur le sujet et on n’en sait pas grand-chose. Il est communément admis que l’extraction de gaz de schiste peut entraîner la pollution des eaux souterraines, dans la mesure où l’eau utilisée pour l’amorce des fractures contient des produits chimiques susceptibles de passer dans la nappe phréatique. Cela a encore récemment provoqué les protestations des habitants d’un quartier de New York. La consommation d’eau peut s’avérer problématique, elle aussi. L’épuration et la gestion des eaux peuvent limiter cet impact. A cela s’ajoute que selon l’endroit, les législations environnementales peuvent être très différentes. Il existe un deuxième problème, lié à un risque accru de tremblement de terre dans une zone d’extraction de gaz de schiste, même s’il n’existe pas de certitude scientifique à cet égard.

Eric Pompen

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