Un Sarkozy chez Carlyle, l'autre décore Albert Frère : y a-t-il un lien ?
jeudi 06 mars 2008 à 17h51

Un Sarkozy chez Carlyle, l'autre décore Albert Frère : y a-t-il un lien ?
Deux événements récents, en apparence anodins, ont un double point commun, l'un évident, l'autre plus difficile à repérer.
Carlyle, géant new-yorkais du private equity (76 milliards de dollars en gestion), vient d'engager Pierre-Olivier Sarkozy. Ce dernier était précédemment co-patron de FIG Investment Banking, une division du suisse UBS. Chez Carlyle, il deviendra, dès le mois d'avril, co-head et managing director du Global Financial Services Group.
Cette section est très neuve. Fondée en juin 2007, elle n'a pas encore bouclé de transaction mais a déjà attiré quelques pointures, notamment Sandy Warner, ex-président de JPMorgan Chase. Pierre-Olivier Sarkozy a été engagé pour «ses incroyables réseau et expérience professionnelle, qui aideront Carlyle à capitaliser sur la dislocation du secteur des services financiers», indique la firme dans un [communiqué] daté du 3 mars.
Entré chez UBS après avoir été «débauché» de chez First Boston Corporation, il en a rapidement gravi les échelons. Selon le site Internet du magazine [Forbes], Pierre-Olivier Sarkozy était n° 10 de l'institution helvétique en 2002, conseillant des opérations pour un total de 312 milliards de dollars ; en 2007, il était n° 5 (514 milliards de dollars).
Parmi ses faits d'armes, citons la vente de la banque MBNA à Bank of America pour 35 milliards de dollars en 2006. Plus près de nous, il a conseillé ABN Amro dans le cadre de la cession de sa filiale américaine LaSalle à la même Bank of America.
L'homme est donc de valeur - Forbes titre d'ailleurs son portrait «Big Apple Dealmaker» - mais il ne compte pas, en passant chez Carlyle, complètement couper les ponts avec UBS : «Je continuerai de travailler avec UBS en tant que conseiller et, en retour, de profiter du soutien d'UBS pour les efforts d'investissement de Carlyle dans les services financiers.»
La seconde information concerne un autre Sarkozy, nettement plus connu : Nicolas, demi-frère de l'homme d'affaires new-yorkais. Le président de la République a décerné au belge Albert Frère l'insigne de Grand'Croix de la Légion d'honneur, la plus haute distinction honorifique française, qui récompense les mérites éminents rendus à la nation. Seules 75 personnes l'ont déjà reçue.
Albert Frère a en outre bénéficié du privilège suprême d'être l'unique personne décorée lors d'une cérémonie privée, en présence du Premier ministre François Fillon et de la ministre de la Justice Rachida Dati. Quelques jours plus tôt, c'était le canadien Paul Desmarais, l'associé d'Albert Frère, qui recevait la même distinction, mais lors d'une cérémonie publique.
Rapport évident entre ces deux événements : ils concernent des Sarkozy. Rapport plus surprenant : Paul Desmarais a pu faciliter la nomination du demi-frère Sarkozy, vu sa situation de «membre influent du board» de Carlyle, selon [Rue89]. Un fonds lui-même des plus influents, puisque quelques grands noms sont passés par ses rangs : George Bush senior (de 1998 à 2003) et Junior (1990-1992), John Major (2002-2005), etc. Son président actuel n'est autre que Lou Gerstner, ancien patron d'IBM.
Même si cette fonction de «facilitateur» n'est pas avérée, cela ajoute encore aux liens noués par Nicolas Sarkozy avec le monde des affaires. Pour conclure sur ses relations avec Paul Desmarais, citons sa [déclaration] faisant suite à un séjour dans la propriété du Canadien, en 2004 : «Quand tu entres dans la propriété, on t'ouvre un premier portail. Ensuite, tu dois faire des kilomètres et des kilomètres avant d'arriver au château...»
Vincent Degrez
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