Pourquoi Lehman Brothers dope Barclays mais plombe Nomura
lundi 03 août 2009 à 16h31

Pourquoi Lehman Brothers dope Barclays mais plombe Nomura
Barclays a annoncé lundi des résultats semestriels en hausse, une nouvelle fois dopés par l'intégration des activités nord-américaines de l'ex-banque d'affaires Lehman Brothers, et s'est engagé à réaliser «un nouvel exercice de forte rentabilité».
Au cours du premier semestre, la banque britannique a enregistré un bénéfice net en progression de 9,9 %, à 1,888 milliard de livres (2,2 milliards d'euros), pour un produit net bancaire en hausse de 37 %, à 16,253 milliards de livres. Un record. Le bénéfice imposable a quant à lui grimpé de 8 %, à 2,98 milliards de livres, en dépit d'un environnement resté «très difficile» en raison de la récession qui frappe la planète, a précisé la banque. Sur la période, Barclays a essuyé 4,56 milliards de livres de pertes et autres dépréciations sur le marché du crédit, contre 2,45 milliards un an plus tôt.
Comme au premier trimestre, la partie banque de financement et d'investissement, dopée par l'acquisition - pour une bouchée de pain - des activités nord-américaines de Lehman Brothers, a largement «sauvé» les résultats du groupe. Cette division, qui inclut la banque d'affaires Barclays Capital, a dégagé un bénéfice imposable en hausse de 44 %, à 1,398 milliard de livres. Barclays Capital elle-même a vu ses profits doubler, à 1,05 milliard de livres.
Nomura, propriétaire des activités asiatiques (pour 225 millions de dollars) et européennes (pour... 2 dollars) de Lehman Brothers, ne peut totalement se réjouir de cet achat. Car le groupe japonais rencontre toutes les difficultés du monde à intégrer ces divisions dans son propre réseau.
D'un côté, les ex-Lehman ont un certain nombre de [raisons de se plaindre] de leur sort, si l'on en croit un article assez détaillé du Wall Street Journal. Si, de longue date, Nomura a tenu à promouvoir des non-Japonais dans ses hautes sphères, les sièges du comité exécutif demeurent réservés aux natifs de l'Archipel. Ce qui a convaincu nombre de banquiers issus de l'institution US de quitter rapidement leurs nouveaux murs.
Beaucoup de Lehmanites se plaignent également des «ombres» qui ne les quittent plus. Ces banquiers de Nomura les accompagnent dans chacune de leurs visites à la clientèle et rédigent des rapports pour d'autres cadres. «Ces banquiers sont uniquement là pour faciliter l'intégration», défend une porte-parole de la maison nipponne.
La culture de la relation client, précisément, est très différente. Chez Lehman, lorsque plusieurs clients apparaissaient dans une opération de fusion et acquisition, par exemple, la banque américaine les classait en fonction des commissions qu'ils seraient susceptibles de lui verser. Chez Nomura, on favorise d'autres critères, tels que la durée de leur relation d'affaires. Côté japonais, à l'inverse, on dénonce ici le fait que les «nouveaux collègues» seraient trop prompts à délaisser des clients fidèles au profit d'un bénéfice rapide.
Autre élément propre à choquer la culture américaine : les différences de traitement entre salariés masculins et féminins. Le WSJ cite l'exemple de formations destinées aux n récents arrivés. Hommes et femmes ont été séparés - officiellement «pour des raisons logistiques» - et l'on a appris aux secondes les codes de présentation de Nomura. Parmi ceux-ci : pas de balayages dans les cheveux, pas de manches plus courtes que la moitié du biceps, pas de vêtements trop colorés.
Plusieurs employées auraient même été renvoyées chez elles parce qu'elles étaient vêtues «de manière appropriée». Difficile à accepter au pays du politiquement correct et de la stricte égalité de traitement entre hommes et femmes.
Côté japonais aussi, on entend des grincements de dents. Car Nomura a garanti aux ex-Lehman la sécurité des bonus pour deux années. Or, les salaires américains et japonais ne sont pas comparables, jugez-en plutôt : chez Nomura, un chef de division gagnera jusqu'à 250.000 dollars par an, là où un haut cadre de Lehman pourrait empocher plusieurs dizaines de millions de dollars.
Cela explique sans doute en partie pourquoi la case «rémunérations» du groupe nippon a doublé entre les troisième et quatrième trimestres de 2008, passant de 80,1 milliards à 161,8 milliards de yens. D'où un compréhensible sentiment de ressentiment dans les rangs japonais : «Nous devrions renégocier les salaires des banquiers de Lehman», estime un senior banker actif chez Nomura depuis plus de 20 ans. Prudemment anonyme.
Vincent Degrez, avec Belga
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