Les résultats des banques américaines sont-ils crédibles ?
vendredi 17 avril 2009 à 18h34

Les résultats des banques américaines sont-ils crédibles ?
Après le feu d'artifice Wells Fargo, quelques analystes se sont demandés dans quelle mesure les résultats étaient flattés par l'assouplissement des normes comptables en vigueur aux Etats-Unis depuis la fin mars. Les banques ne sont en effet plus tenues à ce fameux mark to market, qui les obligeait à retenir pour valeur de leurs actifs les prix du marché, parfois très massacrés. D'où ces énormes dépréciations faisant chavirer le compte de résultats. La question est d'importance, car ce changement de normes peut aisément transformer une lourde perte en joli bénéfice ! Elle fut posée à Wells Fargo... qui a refusé de répondre.
Chez Goldman Sachs, une partie de l'embellie des résultats résulte d'un changement d'exercice comptable. Ce n'est pas une entourloupe de la part de la banque, mais une obligation légale. Il reste que cette modification a escamoté le très mauvais mois de décembre. Même si la situation fondamentale des banques américaines s'est améliorée, le caractère mirobolant des résultats annoncés doit visiblement être fortement relativisés. Au point que le prix Nobel d'économie Paul Krugman les qualifie aujourd'hui de "un peu... comiques" dans sa tribune du New York Times.
Ceux de Citigroup ne font pas exception, bien au contraire. On observe en effet que la banque de détail (Citi est le numéro 1 mondial) n'a rien rapporté au premier trimestre, tandis que la situation des cartes de crédit continue de se détériorer fortement, comme chez les concurrents. Outre des dépréciations d'actifs moindres, et peut-être insuffisantes, on relève aussi une véritable perle: une plus-value de 2,5 milliards de dollars résultant de la dépréciation de certaines créances. Du fait de la situation toujours préoccupante de la banque, les investisseurs infligent en effet une décote à ses titres de créance. Si la banque les rachetait aujourd'hui sur le marché, elle s'épargnerait un remboursement ultérieur de 2,5 milliards, ce que la législation comptable lui permet d'ajouter à son bénéfice. Ou plutôt à sa perte de 900 millions, car telle serait la situation sans cet élément providentiel. En d'autres termes, si Citigroup avait été en bonne santé, ses créances ne seraient pas dépréciées à ce point, elle n'aurait pas pu afficher cette plus-value virtuelle et elle aurait donc été en perte ! Cherchez l'erreur...
Guy Legrand
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