Les 3 secrets de Goldman Sachs : du risque, du risque et... du risque
mardi 14 juillet 2009 à 16h43

Les 3 secrets de Goldman Sachs : du risque, du risque et... du risque
Goldman Sachs a fait mieux qu'épater les analystes de Wall Street mardi : avec un [bénéfice net de 3,44 milliards de dollars] pour le second trimestre, la banque d'affaires les a époustouflés, eux qui tablaient sur un peu plus de 2 milliards, comme un an auparavant. Ce qui était déjà mieux qu'au premier trimestre de l'année en cours (1,81 milliard de dollars). Ses revenus se sont carrément appréciés de 46 %, à la fois sur un an et par rapport au premier trimestre, à 13,76 milliards de dollars. Or, le marché tablait sur un produit net bancaire de 10,66 milliards...
Le géant de la finance a donc surpassé le buzz qui enflammait les esprits de la place new-yorkaise depuis quelques jours, tant auprès des analystes que des traders eux-mêmes. Plusieurs questions demeurent : quel est le secret de Goldman Sachs ? Et que fera-t-il de cette corne d'abondance ? Les observateurs estiment que la banque mettra de côté suffisamment d'argent pour verser un total de 18 milliards en salaires et bonus cette année à ses 28.000 salariés. Soit, en moyenne, plus de 640.000 dollars par tête. Avec bien sûr, il est vrai, une attention toute particulière pour le haut du panier.
Quant au secret de la réussite insolente de GS, [le New York Times a son explication] : «Goldman Sachs a réussi à faire ce qu'il a toujours si bien fait : prendre les risques dont ses concurrents préfèrent s'éloigner et, pour la plus grande part, gérer ces risques d'une manière plus efficace que ce à quoi pourraient rêver ses rivaux.»
Selon les traders interrogés - sous le couvert d'un prudent anonymat - par le quotidien new-yorkais, GS a «capitalisé sur le tumulte des marchés du crédit pour faire une fortune dans le commerce d'obligations. Il a acheté et vendu des devises volatiles, ainsi que des matières premières comme le pétrole. Sans oublier les juteuses commissions retirées d'un business doté de marges plus que confortables : la souscription des levées de fonds opérées par des institutions financières en plus grande difficulté que lui.»
Pour mesurer le degré de risque atteint par la banque d'affaires, les analystes utilisent souvent la [Value at Risk], soit le montant de pertes qui ne devrait être dépassé qu'avec une certaine probabilité. Selon cet indice, Goldman Sachs avait, au second trimestre de 2009, 5 % de chances de voir son portefeuille perdre plus de 245 millions de dollar en une journée. Au trimestre précédent, ce montant était moindre : 240 millions, pour 197 millions durant le trimestre clos le 28 novembre 2008, et 157 millions pour celui clôturé le 29 février 2008.
Ceci dit, si le géant de Wall Street a lourdement parié sur les marchés, les marchés ont eux aussi misé sur Goldman Sachs : son action a crû de 77 % depuis le début de l'année, clôturant à 149,44 dollars. C'est certes nettement moins que son record de 2007 (250,70 dollars), mais cela reste plus qu'honorable. Surtout, une nouvelle fois, en comparaison de ses rivaux.
Quant à l'avenir, personne ne sait si Lloyd Blankfein, CEO du groupe, pourra maintenir un tel train de vie. Il pourrait aisément faire un mauvais choix sur les marchés. Ou les occasions dont il a su profiter pour faire beaucoup d'argent pourraient tout simplement disparaître, souligne encore le New York Times. Le second semestre de 2009 s'annonce en effet plus difficile que le premier.
La (re)montée en puissance de Goldman Sachs pourrait, par ailleurs, réveiller l'«amour du risque» de concurrents désireux de ne pas trop se laisser distancer. «Quelqu'un prend des risques et décroche le jackpot - peut-être est-il intelligent ou a-t-il de la chance - mais tous les autres ressentent alors le besoin de prendre les mêmes risques», prévient d'ores et déjà Richard Bookstaber, ex-patron de hedge fund et auteur du livre A Demon of Our Own Design, cité par le NYT.
Au point d'engendrer une nouvelle crise financière ?
Vincent Degrez
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