Epargne et crédit, les taux baissent : «Osez vous endetter !», conseille Attali
lundi 10 novembre 2008 à 12h08

Epargne et crédit, les taux baissent : «Osez vous endetter !», conseille Attali
KBC a déclaré vendredi qu'il abaisserait, à partir du 12 novembre, ses taux sur les crédits logement et crédits de caisse. Cette baisse suit la décision de la Banque centrale européenne de baisser ses taux à court terme de 0,5 %. Le taux de base pour les crédits logement d'une durée de 20 ans avec révision annuelle du taux d'intérêt passera ainsi de 6,37 % à 6,1 % ; le taux sur les crédits de caisse, de 9,8 % à 9 %.
La veille, le même KBC avait décidé de baisser son taux de base sur le compte d'épargne, de 4 % à 3 %, à partir du 1er décembre. Simultanément, la banque relevait les primes d'accroissement et de fidélité de 0,01 % à 0,75 %. Les clients de KBC bénéficieront également de ces primes majorées à partir du 1er décembre pour les durées restantes de la période de prime en cours (la prime de fidélité est acquise après 12 mois, la prime d'accroissement après 6 mois).
La décision de KBC devrait faire des petits au sein de ses concurrents. Sachant que les taux de base des [comptes d'épargne ne peuvent que baisser], au vu de la crise financière actuelle et de la réforme en cours, on peut se poser la question : comment réagir ? Faut-il continuer à injecter de l'argent dans nos comptes d'épargne ? Ou, au contraire, consommer, voire consommer à crédit ?
L'économiste Jacques Attali, dans une [chronique] publiée dans Le Vif/L'Express vendredi dernier, envisage les plans B qui devraient être adoptés en cas de dépression économique : «Dans les entreprises, chacun doit se préparer à ce qui se passerait si le chiffre d'affaires baissait de 20 % et mettre en place un plan B, coupant les coûts, en particulier d'investissements. De même, les ménages doivent anticiper une baisse de 10 % à 20 % de leurs revenus : leur plan B sera de consommer moins. Les banques, elles, réduiront d'au moins 20 % leurs crédits à la consommation, au logement et aux fonds de roulement des entreprises.»
L'économiste entrevoit deux conséquences majeures à ces plans B : «Moins les gens consomment, moins les entreprises ont de chiffre d'affaires ; moins les entreprises investissent, moins les gens ont de travail. Autrement dit, consommer moins, c'est détruire son propre emploi. Autrement dit encore, la prudence crée la crise : la mise en œuvre du plan B crée sa nécessité.»
Concrètement, pour sortir de cette crise, il faut «oser consommer et, même à long terme, oser s'endetter. Les immenses masses financières injectées dans l'économie mondiale, transférant la dette des ménages sur les Etats sans aucune contrepartie réelle, ne peuvent qu'augmenter la masse monétaire et donc, à moyen terme, malgré les banques centrales et malgré la récession, causer une inflation qui permettra d'éliminer les dettes excessives des ménages, des entreprises et des Etats.»
Vous êtes sceptique face à ce que vous considérez comme du fatalisme ? Jacques Attali vous répond : «Dans la crise qui commence, tout est possible, même le pire. On ne peut pas exclure que la récession, inévitable, se transforme dans certains pays en dépression, c'est-à-dire que, au lieu d'avoir une décroissance de 1 % en 2009, on plonge jusqu'à - 10 % ou - 20 %. Impensable ? C'est pourtant ce qui est arrivé au Japon au début des années 1990. C'est ce qui se passe déjà dans certains secteurs (le logement et l'automobile) de certains pays (la Grande-Bretagne, l'Espagne ou les Etats-Unis).»
Bref, «les perdants seront alors ceux qui n'auront pas contracté de dettes. Les gagnants seront ceux qui auront su, avec sang-froid, consommer et s'endetter à taux fixe, pour acheter des biens rares (fonciers, immobiliers, artistiques ou technologiques) et qui auront les moyens d'attendre les cinq ou dix ans nécessaires au déclenchement de l'inévitable inflation. Ceux-là seront les vrais vainqueurs de la crise, dont ils auront par ailleurs aidé à réduire la profondeur.»
Et l'économiste de conclure, en manière de slogan rassurant : «Osez, et la crise disparaîtra.»
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